Anissi Chamsidine : «je ne critique pas le gouverneur Salami, je le plains»

Anissi Chamsidine, qui se trouve actuellement dans la capitale fédérale pour implanter son parti, Soma, au niveau de l’île de Ngazidja, a accepté de répondre à nos questions. Loi sur les partis, sa sortie de l’Updc et la création de sa formation politique, le bilan des sept premiers mois du pouvoir Azali, etc. Il n’a pas été tendre avec son successeur : «je ne critique pas le gouverneur Salami, je le plains». Interview

Propos recueillis  par Faïza S. Youssouf

Votre parti n’existe officiellement plus depuis la mise en application de la nouvelle loi sur les partis. Malgré cela, vous êtes en train de procéder à une campagne d’adhésion ?
Le parti Soma existe, c’est un parti qui est né après la tenue des élections harmonisées de 2015 et 2016. Par ailleurs, la constitution n’exclut pas la création des partis politiques.Il faut noter que la loi actuelle est la deuxième après celle relative au parti unique sous Ahmed Abdallah Abdérémane. Le Soma est dans la légalité puisque créé après les élections. Il ne peut être sanctionné par rapport à ces dernières. Elle doit, toutefois, se conformer au cadre légal, conformément aux articles 15 et 17. Nous sommes en train de mettre en place les cellules du parti sur l’ensemble du territoire. Je tiens quand même à vous dire que nous avons des élus même si notre parti n’existait pas, comme dit plus haut, durant les élections. Nous avons un député en la personne de Dhoihir Dhoulkamal, 4 conseillers au niveau du conseil de l’île de Ndzuani et des maires qui s’étaient présentés sous l’étiquette «indépendant».

Avez-vous entamé des discussions avec d’autres partis dans le cadre du regroupement prévu par la loi pour ce qui est des formations politiques qui ne répondent pas aux exigences légales ?
Nous sommes en discussion avec des  partis, mais nous préférons taire ceux avec lesquels nous avons des affinités. Notre première priorité demeure la mise en place de notre parti et sa mise en conformité par rapport à la loi.

Pourquoi avoir quitté l’Updc dont vous étiez pourtant le candidat lors des dernières élections gubernatoriales pour créer Soma ?
Je n’étais pas membre de l’Updc, mais il y a eu un consensus en son sein pour me désigner candidat pour les élections des gouverneurs. J’étais le responsable de l’île de Ndzuani et j’ai pris le logo de l’Updc pour les élections. La suite, tout le monde la connaît. Nous avons perdu les élections. Nous ne pouvions nous appesantir dessus parce qu’il y avait urgence. Je devais faire face à une réalité après l’élection du gouverneur Salami, notamment concernant son investiture.
J’ai dû y faire face, seul. Quand je suis venu ici, les différents responsables s’accusaient mutuellement sur les causes de l’échec aux élections harmonisées. Encore une fois, il y avait urgence. Je ne pouvais me permettre de baisser la tête alors que les autorités nouvellement élues faisaient n’importe quoi à Ndzuani.  Il fallait une voix pour défendre ceux qui étaient battus. Nous avons donc décidé, face aux chamailleries qui secouaient l’Updc, de créer notre propre parti afin de sauver notre propre électorat.

Vous avez été reçu par le président Azali, quelle a été la teneur de vos discussions,  surtout que l’on parle d’un rapprochement  entre Soma et le pouvoir en place ?
L’homme qui m’a reçu n’est pas le président d’honneur de la Crc, mais celui de la République. Nous n’avons pas parlé de rapprochement ; par contre, nous avons longuement discuté sur l’aspect sécuritaire de l’île de Ndzuani. Après 5 ans à la tête de cette île, j’en connais quelque chose. Le président était soucieux de connaître l’état du pays dont il héritait. Je n’ai pas lésiné sur les mots. Je lui ai parlé du comportement des autorités anjouanaises qui ne cadre pas avec la philosophie du gouvernement.
Le favoritisme y prend des proportions alarmantes et cela peut créer une situation incontrôlable. Je lui ai, en outre, parlé de la création de mon parti. A ce propos, il m’a conseillé de faire en sorte que celui-ci soit en conformité avec la loi.
Nous avons aussi parlé des projets que j’avais initiés, en lui disant qu’il fallait qu’ils soient poursuivis, comme celui relatif à l’hydroélectricité.

Quel bilan tirez-vous des sept premiers mois du régime Azali ?
Le bilan est mitigé, mais pour un pouvoir qui en est à ses débuts, c’est tout à fait normal. Je pense qu’il est trop tôt pour dresser un bilan. Même s’il a déjà été au pouvoir, y revenir après une très longue absence est toujours délicat. Il y a des réalités aujourd’hui qui n’existaient pas quand il a quitté le pouvoir en 2006.
Cela étant, avec ce qui se passe aujourd’hui, on peut dire que c’est un débutant. Il a fait du copier-coller de ce qu’a été son premier régime, il a voulu satisfaire ses partisans. Toutefois, je reste persuadé qu’il rectifiera le tir. Il va prendre son élan. Par rapport à la question de l’énergie, pour moi l’achat des groupes électrogènes n’est pas une solution. L’histoire des cargos affrétés pour l’acheminement des groupes, c’est du spectacle, du déjà-vu. C’est peut-être une solution palliative, et encore. Le problème du carburant ne va pas tarder à surgir. Le président m’a dit qu’en attendant de mettre en place une solution pérenne comme l’hydroélectricité qui peut prendre trois ans, il ne pouvait pas laisser les Comoriens dans le noir. Je ne pense pas, cependant, que même avec les nouveaux groupes, les Comoriens sortiront de l’obscurité. Pour ce qui est de la baisse du prix des produits pétroliers, en dehors de Moroni et Mutsamudu, les prix homologués ne sont pas appliqués. L’essence y est toujours vendue à 650 francs.

Quelle appréciation donnez-vous au déguerpissement des marchands ambulants ?
L’objectif visé n’est pas mauvais en soi. La salubrité et la sécurité des voies publiques doivent être admises. Mais, je ne peux que regretter l’usage disproportionné de la force. Je regrette le manque de pédagogie et de concertation de l’autorité publique. Et puis, au fond, cette question en soulève une autre. Le secteur informel est la conséquence du chômage des jeunes. Au lieu d’affronter les vrais problèmes, on fait d’eux des victimes. Au lieu de les bousculer, il aurait fallu leur fournir un cadre parce que ces jeunes qui avaient des brouettes, ils vont faire quoi maintenant ? C’est une bombe à retardement et c’est làtout le danger.

Et les sept premiers mois de votre successeur ?
Le gouverneur Salami s’est fait beaucoup plus d’ennemis que d’amis eu égard aux promesses qu’il a faites même au sein de son fief politique. Je ne le critique pas, mais je le plains.  Ndzuani est très difficile à gouverner. Vous savez, dès le premier jour, il a dit aux Anjouanais qu’il n’était pas responsable de leur sort, mais que leur sort était dans les mains d’une personne qu’ils n’avaient pas élue…
Réellement, la situation est chaotique. Les gens fuient Ndzuani. Les rares représentations diplomatiques qui y étaient présentes ont pris la fuite. Personne ne veut y venir. L’impunité (référence à l’affaire Brenda, Ndlr) y est encouragée par les autorités. J’ai eu à le dénoncer, j’ai fait passer des bandes sur une radio ici à Ngazidja. Les autorités anjouanaises attisent la haine à travers les médias, insultent les autorités de l’Union. Ce n’est pas tout. Il y a des fonctionnaires qui ont ce statut depuis 16 ans qui se sont vu suspendre leur salaire de manière arbitraire. Le gouverneur Salami ne peut pas gérer Ndzuani. Vous savez, c’est une île très complexe, il faut quelqu’un qui la maitrise. Et Salami se comporte comme quelqu’un qui a longtemps vécu loin d’elle. Il se comporte comme un étranger. J’ai aimé une chose que le président de la République m’a dite : «il n’y aura pas de sécurité aux Comores sans Anjouan», mais cela, Salami ne l’a pas compris…

Alwatwan

1 commentaire sur Anissi Chamsidine : «je ne critique pas le gouverneur Salami, je le plains»

Réagissez à cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*