Anouwar Néema, ancienne présentatrice Ortc « Je ne le referais jamais… »

Ancienne présentatrice vedette de la télévision nationale, elle est aujourd’hui clandestine à Mayotte. Face à ses problèmes de santé, agacée par les salaires de misère de l’ORTC, épuisée par les arriérés, elle a tout claqué. Si elle ne regrette pas d’avoir quitté son boulot, elle se mord les doigts d’avoir laisser ses enfants. Elle a payé 1000 euros pour faire la traversée de la mort avec son mari. Sur la terre ferme, elle déclare qu’elle ne le referait jamais. Conditions de vie difficile à Mayotte, séparé physiquement à son mari, elle a décidé de lever le voile sur cette vie pour, dit-elle, servir de leçon aux autres.Interview

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Pourquoi vous êtes venus à Mayotte?

Ma décision de venir à Mayotte était un coup de tête. Depuis la classe de seconde , je souffre de maux de tête permanents. Je suis partie à Madagascar et au Kenya pour me soigner mais toujours pas de guérison. Et pire encore, on m’a dit que je n’avais rien et pourtant je souffrais énormément. Donc, je me suis dis pourquoi ne pas venir à Mayotte.

Et pourquoi vous n’avez pas demandé de visa?

Je voulais demander un visa mais les douleurs étaient plus fortes. Je ne pouvais pas patienter le temps des démarches. Je me disais que cette demande allait ralentir le voyage avec toutes les paperasses à faire et à la fin, l’obtenir ou pas.

Et vos enfants?

Pour venir à Mayotte, il a fallu que je laisse mes enfants chez ma mère pour s’en occuper. Deux garçons de six ans et trois ans. Ils me manquent beaucoup mais je ne sais plus quoi faire. Je les imagine faisant leurs caprices à ma maman et à mes soeurs sans moi à côté, ni leur papa.

Comment s’est porté le choix du passeur?

J’ai choisis ce passeur car il est de la famille. En plus, il ne joue pas de sales tours aux passagers. Car les autres disent aux passagers qu’ils sont au nombre de dix par exemple et au large, une autre vedette vient et vide ses passagers dans votre embarcation . Et là, on se retrouve avec un Kwassa de 28 passagers ou plus.

Comment s’est passée la traversée?

Pour faire la traversée, il a fallu beaucoup de sacrifice. Déjà, on vous réveille à 2 heures du matin pour mettre tous les passagers ensemble afin de respecter l’heure du départ qui était à 3h du matin. Alhamdoullilah, il faisait beau. On a eu aucun problème en pleine mer.

Comme je vous l’ai dit, le choix de ce passeur n’étaient pas le fruit du hasard. Ils ont tout fait pour qu’on ne souffre pas à notre descente. Ils nous ont fait descendre dans une plage tout près d’une ville. Là où on est descendu, on voyait les maisons. On entendait les gens parler. Donc, on a fait quelques pas et on est sorti sur la route pour prendre des taxis rentrer là on veut.

« …mes enfants n’auront ni père ni mère »

A quoi pensiez vous au moment de la traversée?

Notre Kwassa n’avait que 13 personnes y compris les trois passeurs. Mais malgré qu’il y avait moins de personnes, je n’étais pas tranquille. Tout au long de la traversée, je n’ai pas arrêté de me poser des questions. Par exemple : pourquoi il a fallu que j’entraîne mon mari avec moi? Si jamais il nous arrive un malheur, mes enfants n’auront ni père ni mère. Heureusement qu’on est saint et sauf alhamdoullilah.

Et comment se passe la vie sur place?

Le problème qui se pose à Mayotte, il n’est pas facile d’être clandestin. Malgré que je suis venue avec mon mari, on était obligé de nous séparer. Je suis chez ma sœur et lui chez sa cousine car on ne pouvait pas être hébergé ensemble par une personne qui a sans doute ses soucis.

Si je vous dis qu’être sans papiers à Mayotte n’est pas facile, vous pouvez me croire. Car sans un titre de séjour, tu ne peux pas travailler. Tu vas être obligé de vivre au dépend des personnes qui te logent. En plus, tu es obligé de faire une partie de cache-cache douloureuse tous les jours avec la police aux frontières( la PAF ). Il se peut que tu avais un rendez-vous important quelque part mais en route, une personne peut te demander si tu es propre? Cela veut dire que la PAF n’est pas loin. Et là, tu es obligé de rebrousser chemin. Même si tu allais à l’hôpital, t’es obligé d’annuler.

« Qui ne tente rien n’a rien »

Vous ne regrettez pas d’avoir quitté votre travail?

Venir à Mayotte n’était pas une partie de plaisir pour moi. Non seulement, j’étais malade mais avec les salaires de misère qui arrivent toujours en retard que je percevais dans mon boulot, j’ai eu à prendre cette décision. Une décision que je regrette quand je pense à mes enfants qui sont loin de moi au moment où je vous parle.

Et si c’était à refaire?
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Je peux vous jurez que si c’était à refaire je me poserais mille questions. Tout compte fait, je ne crois pas que je referais cette traversée.

Et tu a eu les soins que tu avais besoin?

Quand on est un sans papiers à Mayotte, il faut que tu paies à 100% les coûts de tes traitements. Si tu n’es pas en ta possession la carte de sécurité sociale, tu ne peux rien bénéficier.

Que diriez vous aux autres?

J’espère que beaucoup de gens va s’inspirer de mon expérience sur cette traversée. Qu’ils réfléchissent deux fois au moins avant de monter dans le Kwassa. Pourtant, je comprend parfaitement leur décision de venir à Mayotte. On se dit que « qui ne tente rien n’a rien ». Peut être à Mayotte, on aura de la chance de refaire une vie meilleure.

Propos recueillis par Salwa Mag

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