Bazimini, nouveau business center de l’île de Ndzuwani

BaziminiA Ndzuwani, dans le cercle des gens dont la profession est d’acheter et de revendre des articles manufacturés, l’on entend parler de Dubaï, comme destination de référence. Mais ne vous y méprenez pas : Dubaï peut désigner tantôt la capitale de l’Emirat de Dubaï, dans les Emirats Arabes unis, tantôt un village de l’île de Ndzuwani, situé à une quinzaine de kilomètres de Mutsamudu. Dubaï, c’est l’autre nom, embaumé d’une certaine ironie, qui désigne Bazimini, ce gros village de près de huit mille âmes.

Ici, les rues ont en effet quelque chose à rivaliser, quoique dans une moindre mesure, avec une certaine Al Fahidi Street. Avant de prendre le bus à destination de ce bourg perché à quatre cent mètres d’altitude, arrêtons-nous quelque part à Mutsamudu. Nous sommes à Furahani, devant un conteneur transformé en boutique, comme on en voit partout dans l’île. Taki, son propriétaire, est un habitué des allers et retours mercantiles vers le nouveau centre commercial de l’île. Il y trouve bien son compte. “Je vendais des tomates et du riz, comme la plupart des épiciers, jusqu’à ce que je découvre Bazimini.

Tu vois ces shorts, j’en tire mille deux cent cinquante francs de bénéfice pour chaque pièce vendue ! Pourquoi payer un billet pour Dar es-Salaam ?” Pourquoi, en effet ? Le long d’une étroite route escarpée aux bords lamentablement échancrés, divisant le bourg en deux parties, s’aligne d’innombrables commerces. Nous sommes, ici, arrivés à destination. Il est dix heures du matin, et la cohue des chalands marchandant avec les vendeurs, ou celle de ceux qui débarquent à peine d’un bus pour venir s’emparer d’un nouvel arrivage, embrase déjà le village.

Sur les étalages des boutiques et à même le sol, sur les devantures, gisent des articles hétéroclites, du prêt-à-porter à l’électroménager sans oublier la quincaillerie. Il y en a pour tous les goûts, et pour toutes les bourses. Disons que c’est un concours de circonstances qui a érigé aujourd’hui Bazimini en un véritable “trade center”. Tout remonte à une quinzaine d’années, depuis la fin des années quatre-vingt-dix, avec l’avènement du petit crédit initié par l’institution de micro-finance Sanduk. Mais les affaires ont trouvé leur vitesse de croisière à la fin de la première décade des années deux mille, avec un important transfert de fonds par la communauté baziminienne résidant à Mayotte.

“Cela a commencé en 2008, après le débarquement militaire à Ndzuwani, suivi de la fuite vers Mayotte des rebelles de Mohamed Bacar. Evénements qui ont créé une série de tourmentes à Mayotte, obligeant des anjouanais, résidant dans cette île, à transférer leurs avoirs vers leur île natale. Parmi cette communauté anjouanaise affolée, les bazaminiens avaient pris les devants de ceux qui avaient opté pour le “rapatriement” express de leurs biens”, nous raconte Saïd Attoumane, conseiller municipal, un des cadres du village.

A quelque chose malheur est bon. Le commerce à Bazimini est en effet aujourd’hui une activité salutaire, tant sur le plan de l’épanouissement individuel des nombreux villageois, qui en ont fait leur principale activité professionnelle, que pour le développement structurel du village lui-même. Parmi les grands noms du business, ici, il y a Mohamed Kaambi, Toihir Ahamada dit Mbwayaya, Nourdine Mchangou, kamal Attoumane, Abdou Ali, ou encore Soumaïla Oili alias Chalaco. Ce dernier connaît, cependant, les limites d’un commerçant baziminien : “Notre handicap, c’est que nous faisons du commerce et y gagnons notre pain, mais ne l’avons pas appris à l’école. Nous ne maitrisons pas la législation douanière. La conséquence de cela est que, des fois, l’on nous fait débourser des fonds sans que l’on sache s’il s’agit de droits légaux que l’on paie ou si ce sont tout simplement des pourboires que l’on verse à des douaniers crapules.

La Chambre de commerce devrait nous soutenir régulièrement avec des formations en affaires”. L’activité commerciale a sensiblement changé le village de Bazimini. Les grands commerçants de la place contribuent financièrement aux nombreux ouvrages entrepris pour faire avancer le village, comme l’explique Attoumane Houmadi, le maire. “Le boom du commerce à Bazimini et les ressources financières qui en résultent ont eu comme retombées positives des ruelles cimentées, des écoles réhabilitées, un réseau d’adduction d’eau refait, et en ce moment nous avons en étude un projet d’éclairage public”, explique-t-il.

En déambulant à l’intérieur du village, il apparaît, en effet, que celui-ci prend de jour en jour des allures fières d’une ville comme on en trouve assez peu dans l’île : longues pistes en béton, de nouvelles constructions à étages et aux plans architecturaux soignés, et dans les rues, il n’est pas rare de surprendre le dernier modèle du Smartphone entre les mains d’un ado. Mais si c’est bien le business de gros qui a propulsé le refuge de Salim al Doughdadi (frère du sultan Mawana) au rang des localités “avancées” de l’île de Ndzuwani, il y a aussi le revers de la médaille.

Et Chalaco en sait quelque chose : “Il est vrai que l’économie a beaucoup avancé, drainant dans son sillage le développement local. Le village se modernise, des constructions luxueuses émergent… En somme le village a changé. Mais le côté sombre de cet apparat est que l’éducation des jeunes régresse : la jeune génération préfère se faire rapidement des sous en trimbalant des articles dans la rue au lieu d’aller en classe”.

Et lorsqu’on l’interroge sur sa vision de l’avenir, cet enseignant reconverti dans l’importation de vêtements reste catégorique : “C’est vrai que le commerce marche, mais l’avenir de Bazimini, il faut le miser dans l’agriculture, et surtout dans l’éducation de nos enfants.”

Sardou Moussa alwatwan

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