Boyer Fatima, »les femmes doivent s’impliquer… »

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Aux Comores, la notion de patrimoine est désormais associée à elle car elle est devenue en si peu de temps la gardienne de cette richesse. Elle, c’est Boyer Fatima Sitti Chahalane. Cette native de Mutsamudu est depuis plus de 10 ans dans tous les fronts pour protéger et sauvegarder le patrimoine comorien. D’ailleurs, c’est dans sa ville natale que tout a commencé avant que ce noble combat s’étend à tout l’archipel des Comores.

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Troisième d’une fratrie de 12 enfants, elle s’est lancée dans le monde associatif depuis très jeune. A Abidjan où elle faisait des études d’assistante sociale après son bac en 1978, l’épouse de Bernard Boyer a effectué des stages d’été au sein de chantiers des jeunes organisés par le Ministère de l’Éducation et de la Jeunesse. C’est aussi dans la capitale ivoirienne qu’elle a commencé sa carrière professionnelle au sein de la Banque Africaine de Développement. Cette présidente de l’association « Collectif du Patrimoine des Comores » aura passé presque 15 ans dans cet organisme continental avant de s’en voler pour d’autres horizons. Au Mali, où était affecté son mari, Madame Boyer a crée avec d’autres femmes de Bamako, l’association YIRIWA BAARA SO (en Bambara, les femmes debout) pour soutenir les femmes à travers des activités génératrices de revenus.
Celle qui est installée à Nice en France depuis 1999 a accepté de nous dévoiler la raison d’être du « Collectif Patrimoine des Comores », des difficultés et des perspectives.

Parlez nous de votre activité sur la protection du patrimoine ?

Après plusieurs expériences aussi bien aux Comores qu’en Afrique sur des montages de projets associatifs au profit des femmes et des enfants, je réalise en 2003, à l’occasion d’un séjour à Anjouan, que le patrimoine architectural de ma ville d’origine, Mutsamudu, est menacé de disparition dans l’indifférence générale.
En France, je mobilise des amis pour la défense du patrimoine anjouanais. En 2004 nous créons le « Collectif pour la vieille ville de Mutsamudu » qui a pour objectif de sensibiliser les autorités locales et le public (en France et aux Comores).

Nous alertons l’Unité Afrique de l’Unesco qui marque de l’intérêt pour notre combat. Quelques universitaires nous rejoignent dont Mme Françoise Coppens, anthropologue, toujours à nos cotés.

Il apparaît très vite que l’on ne pouvait pas se limiter à la seule île d’Anjouan et qu’il faillait élargir notre démarche à l’ensemble de l’Union des Comores.
Le 10 juin 2006, le « Collectif pour la vieille ville de Mutsamudu » devient « Collectif du Patrimoine des Comores »
Le but de cette association est l’obtention de l’inscription des sites comoriens au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Pourquoi un projet de sauvegarde et de valorisation du patrimoine ?

J’ai eu la chance de pouvoir faire de nombreux voyages en Europe, en Asie, en Amérique et en Afrique.
Au cours de ces séjours, j’ai pu constater l’importance qu’a le patrimoine des différents pays en termes économiques mais aussi en ce qui concerne la conscience qu’ont les peuples de leur propre existence.
L’Union des Comores est le seul pays de l’Océan Indien à posséder un aussi important patrimoine bâti et immatériel.

A mes yeux, cet héritage doit être mieux défendu et respecté, non seulement parce qu’il est un vecteur de développement grâce au tourisme, mais aussi parce qu’il est un élément fédérateur de notre identité.
En effet, comme l’écrit Madame Françoise Coppens, « les Comores possèdent les mêmes richesses culturelles que les autres pays de la côte est-africaines. Elles méritent tout autant l’attention déjà porté à certaines cités (par exemple Lamu, Zanzibar) qui ont bénéficié d’avantages, de subventions et d’aides multiples pour conserver leur patrimoine ».

Quelles sont les grandes réalisations depuis le lancement de votre activité?

Après deux missions (en 2005 et 2007), en 2008, nous avons organisé un important travail de relevé et d’inventaire du patrimoine comorien piloté par des professeurs de l’École Supérieure d’Architecte de Lille (ENSAPL) et réalisé par leurs étudiants et des étudiants de l’Université des Comores.

En 2009, à l’issue d’un concours avec des écoles primaires de Moroni, Domoni et Mutsamudu sur le thème « Dessine ou raconte ton patrimoine » nous avons édité un manuel bilingue (français-comorien) composé à partir des dessins et textes des lauréats.
Inscription de deux monuments sur la liste des monuments en péril de World Monument Fund:
En 2009, le Palais de l’Ujumbé de Mutsamudu après son effondrement partiel de 2008.

En 2013, le Bangwe Funi Aziri de Iconi.
Ces deux inscriptions ont permis au monde de découvrir le patrimoine des Comores et nous ont donné accès aux financements américains.
EN 2011, grâce au concours du « Fonds des Ambassadeurs » américain, notre association avec l’appui de la mairie de Mutsamudu, a initié des travaux de restauration du Palais de l’Ujumbé réalisés par STCDA de Zanzibar. Le chantier est toujours en cours.
En 2011 contribution à la restauration de la citadelle de Mutsamudu
En 2015, édition d’un recueil publié sur le site de l’UNESCO et le notre (www.patrimoinedescomores.org)
L’édition et la mise en ligne de ce recueil sur les Sultanats Historiques des Comores offre une meilleure visibilité du patrimoine des Comores
Participation à des Conférences spécialisées à Paris et à la Réunion.
Ces conférences ont eu pour résultat de mieux faire connaître le patrimoine de l’Union des Comores au niveau international.

Quelles sont les difficultés ?

Nous avons autant besoin de conviction que d’argent. Avec de la conviction, on peut obtenir de l’argent. Sans conviction, rien ne peut être obtenu. Je voudrais que mes compatriotes et les responsables soient convaincus « que la défense du patrimoine n’est pas un passe temps pour les riches mais une manière pour notre pays de sortir du sous développement et de toutes les plaies qui en résultent ».
Quelles sont les perspectives ?
D’abord, obtenir le classement des sites.

Nous sommes proches du classement de nos sites au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Pour que cela soit accompli, il est nécessaire que l’État comorien en fasse une priorité et adopte un certain nombre de mesures législatives de protection.
Nous sommes dans l’attente d’actes concrets. Pour cela, la mobilisation de tous les comoriens est indispensable pour accompagner le Collectif dans sa mission.
Ensuite, finaliser ce que nous avons entrepris depuis 2011 : la réhabilitation du palais de l’Ujumbé.
Le Collectif cherche à réunir toutes les bonnes volontés afin de soutenir son action et de mobiliser les fonds nécessaires pour la restauration de l’Ujumbe. A terme, un fonds sera constitué pour la restauration des autres monuments de l’Union des Comores.

Un message à l’attention des femmes.
Je souhaite encourager les femmes à se battre pour occuper la place qui leur revient dans la société. Elles doivent s’impliquer davantage dans la politique afin que soit réellement pris en compte les besoins et attentes de la population. Les femmes, bien souvent plus proches de la réalité quotidienne que les hommes, ont leur mot à dire dans le débat politique. Osons prendre la parole et exigeons que l’on s’occupe des problèmes non résolus depuis des années concernant la santé publique, l’éducation, l’énergie, l’alimentation en eau potable…..
Et bien sur, une excellente année à toutes et à tous.
Propos recueillis par Salwa Mag

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