« Depuis 40 ans d’indépendance, nous n’avons pas le minimum vital et vivons en grande partie au crochet des transferts de la diaspora »

Je pense au plus profond de moi-même qu’il faut faire une pause électorale. Parce qu’il n’existe pas encore de parti politique qui répond aux normes requises pour prétendre à une alternance apaisée et pour porter un projet politique et économique global. Je ne vois surtout pas encore un leader qui a fait ses preuves et qui a formé autour de lui une génération avec des ambitions communes et qui peut jurer garder cette homogénéité et cette volonté de partager un destin commun au delà de la période retenue pour la présidence tournante.ahmed_ali_amir_1

J’ai tout bonnement l’impression que depuis 40 ans d’indépendance, nous agissons tous comme ce fou qui se cogne violemment la tête contre le mur, et qui recommence tous les matins, en espérant avec conviction un résultat différent.

Nous n’avons pas le minimum vital. Nous vivons en grande partie au crochet des transferts de la diaspora. L’agriculture est abandonnée, la pêche reste artisanale, le tourisme mis à terre par le retrait des compagnies aériennes de prestige. Les entrepreneurs émérites qui se démènent dans cette jungle se heurtent à une concurrence déloyale et aux services publics non assurés.

El-Marouf, l’hôpital de référence n’est plus subventionné par l’Etat. Le service des urgences est en grève. Sur les trottoirs de la capitale, dans nos villes et villages, des milliers de licenciés, pour la plupart mal formés, et dont le profil ne répond pas aux besoins du marché de l’emploi, sont réduits au chômage. Les jeunes s’accrochent encore à leurs étalages de fortune à Volo-Volo ou marché de Dubaï réduits au statut de chômeurs déguisés.

Moroni la capitale fédérale est partiellement éclairée, le reste du pays est plongé dans le noir, l’activité économique sérieusement ébranlée. Nous n’avons presque pas d’économie et les entreprises publiques sont sommées de sucer à blanc pour survivre et financer un Etat moribond qui survit de mendicité. La justice n’est pas rendue. Les malfaiteurs et les trafiquants s’en sortent souvent et les honnêtes gens mettent les clés sous le paillasson.

Le Fmi et la banque mondiale continuent de narguer le pays avec la même rhétorique. De très bons résultats en début d’année et de très mauvais résultats au milieu de l’année, et des corrections supposées en fin d’année. Trente ans après, Programme après programme, nous sommes plus pauvres que jamais.

Alors on élit un président avec un groupe insulaire pour quoi faire ? Pour errer encore cinq ans durant, et laisser le peu de souveraineté qui nous reste mis aux enchères auprès des compagnies étrangères ? Car après le commerce, la terre, le prochain président vendra tous les blocs supposés contenir des richesses minières à la multinationale qui lui assurera une présidence à vie. Nous risquons d’entrer dans une période trouble, de conflits ouverts, parce nous n’avons pas compris qu’il nous faut un consensus national sur notre vision de l’avenir. Nous avons laissé en l’état tous nos maux : l’intégrité territoriale, le cadastre, les morts en kwassas…

Il n’y a pas à proprement parler de démocratie. Nous ne disposons pas des instruments d’observation des règles pour sanctionner les abus, les dérives, l’utilisation de l’argent et des biens publics pendant les élections. Les détenteurs du pouvoir ont plus de chances de gagner que les autres.

Alors pourquoi à chaque échéance électorale, nous faisons semblant de ne pas connaitre le résultat d’avance. On risque encore cette fois-ci, de foncer tête baissée pour se réveiller cinq ans après, avec par exemple une société d’eau et d’électricité au même niveau. Et plus grave encore, avec les mêmes acteurs politiques.

La fonction politique a perdu de son aura. Des illettrés sont candidats aux présidentielles de 2016. Au lieu de s’interroger, on ricane. Il est temps de faire table rase à un système vicié qui permet l’éloge de la médiocrité et qui humilie l’intelligence et rabaisse la connaissance.

Une expérience avait été tentée, pour dégager un consensus historique. Je pense qu’il faut trouver la solution à nos maux dans les concertations nationales. Parce que les enjeux sont immenses pour les confier à un seul groupe. Parce qu’il n’y a plus rien à pomper. Parce que nous sommes au fond du précipice.

Ramadhan Karrim

Ahmed Ali Amir

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