Des terrains privés vendus sans l’accord de leur propriétaire à Ngazidja 

​La rédaction vous livre aujourd’hui une lettre adressée au gouverneur concernant les terrains volés à Moroni. Un problème qui touche presque tout le monde.

Gamal (Famille M’tsahoi), Iroungoudjani – Moroni 
Monsieur le Gouverneur,

Par la présente je me permets de requérir votre bienveillance. Bien que je sois consciente que de nombreuses tâches vous incombes et vous préoccupe, j’ose espérer que vous pourrez prendre le temps de lire ma requête. Je ne vais pas chercher à remuer le passé, je ne veux pas attaquer le nouveau gouvernement, mon but est simple : vous faire prendre conscience de l’ampleur des souffrances de vos concitoyens.
Vous n’êtes pas sans savoir, je pense, que des terrains privés sont vendus sans l’accord de leur propriétaire. Ce sont des vols ! Des vols qui ont lieu constamment, facilités par des topos et de domaines corrompus. Ces crimes ont sûrement lieu dans de nombreux villages, pour autant ma famille et moi en sommes victimes au sein même notre capitale, à Moroni, et ceux depuis les années 1989.
Voir la terre de ses ancêtres envahis, volés sous nos yeux est une blessure que je ne souhaite à personne. Ce qui rattache un être humain, quel qu’il soit, à ses origines, c’est cette enracinement, ses souvenirs d’une maison, d’un lieu qui nous appartient et qui est transmis de génération en génération. Être propriétaire, avoir MA parcelle de TERRE, dans mon village c’est ce qui me permet, à moi, mais également à tous comorien, de dire « JE SUIS CHEZ MOI ». Voilà pourquoi c’est si important, voilà pourquoi il faut protéger le droit à la propriété car c’est la première chose qui nous lie au pays. La terre, c’est notre première richesse, c’est notre patrimoine, c’est la seule chose que nous sommes fière de léguer à nos enfants. Alors oui je me bats pour ma terre ! Oui, j’estime que dans un Etat de droit, dans un pays où la culture, les croyances, l’esprit communautaire est aussi fort, il est intolérable qu’on puisse enlever à une personne se sentiment d’être chez soi. 
C’est ce sentiment qu’a voulu nous prendre un homme nommé Ali Massound venant du village d’Iconi, mais également des membres de notre famille proche. Ils s’emparent de propriétés privés et les revendent plusieurs fois grâce à des faux obtenus auprès de topos et de domaines corrompus. Les acquéreurs, conscients du caractère illégal de leur achat, sont ceux mêmes qui auraient dû nous défendre. Pour autant ils estiment à tort, ou à raison, pouvoir se réfugier derrière de faux papiers et des excuses futiles. 
Face à toute cette impunité, notre confiance en la justice c’était donc affaiblie. En effet malgré les arrestations, les condamnations, tous les recours à la justice furent vains. Ce fût par exemple le cas, de la Commission d’Etat qui a eu à se pencher sur l’affaire en 2009 et qui n’a pas su faire appliquer sa décision, un véritable échec. Ne pouvant plus faire confiance aux hommes de lois, aux policiers, aux maires. Nous avons voulu obtenir justice par nous-même.
Des tensions sont donc apparus, il y a une vingtaine d’année, elles n’ont fait que s’accroître avec le temps. En 2009, le sang a coulé, des personnes ont été kidnappées, un blocus c’est établi durant une quinzaine de jours dans Moroni, des magasins et des maisons ont été détruits. Des dégâts à la fois matériels et humains considérables. Cette amplification de la violence était dû à une absence de réaction de la justice et des forces de l’ordre. Une situation qui aurait pu être évité si les sanctions données avaient été exécutées. 
C’est ainsi que nous vous demandons justice pour nos terrains mais pas seulement. Nous nous battrons également pour cette place de la mosquée qui a été vendu sans que celle-ci soit construite. Nous continuerons toujours de nous battre, jusqu’à que justice soit rendu, quel que soit le temps que cela prendra.
Un nouvel espoir est né avec l’élection de ce nouveau Président, celle d’un gouvernement qui serait à la hauteur des attentes de ses concitoyens. Et la première de ces attentes et qu’on nous rende ce qui nous appartient. Marquer votre différence avec vos prédécesseurs, en mettant tous en œuvrent pour faire respecter ce droit fondamental qu’est le droit à la propriété. Montrer qu’avec ce nouveau gouvernement, les criminels ne prospéreront pas. Nous attendons beaucoup de vous il est vrai, mais estimons que ce nouveau gouvernement est capable de ramener la paix et la justice dans ce pays.
Je vous remercie par avance pour l’attention que vous aurez portez à mon action. 

 

Dans l’attente d’une réponse de votre part, nous remettons cette lettre à de nombreux représentants de l’Etat et de la justice dans l’espoir d’enfin mettre un point final à cette situation qui a duré bien trop longtemps et fait souffrir bien trop de monde. 
Afin de ne pas sensibiliser que le corps politique et judiciaire, des tracts seront distribués dans la ville, comme nous le disons mettre un terme à ce problème ne se fera qu’en agissant ensemble. 
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Gouverneur, l’expression de ma haute considération.
Famille M’tsahoi

Terrain à Ngazidja
Terrain privé

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