Domoni-ya-mbwani: La centrale à fioul lourd divise

«Si la centrale est installée, elle générera des emplois et nous aurons du courant en permanence». «La centrale à fioul lourd est un danger, on veut nous tuer à petit- feu, sinon pourquoi d’autres régions auraient-elles rejeté le projet?» «Croyez en mon expérience, le fioul lourd ce n’est pas du carburant, ça ne représente aucun danger. Le problème c’est que, en réalité, on ne sait pas de quelle centrale il s’agit».

A Domoni-ya-mbwani, la ligne de démarcation entre les pro et les anti-fioul lourd est loin de s’estomper quelques mois après l’annonce du projet. Choses entendues à Domoni ya mambwani.

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«La centrale à fioul lourd est un danger, on veut nous tuer à petit- feu. D’autres régions dont Hamahamet ont déjà rejeté le projet. Et voilà qu’on va installer cette usine chez nous». C’est la réaction indignée d’un jeune de Domoni-ya-mbwani, une localité du Mbude au nord-ouest de Ngazidja. Ridjali Athoumani – c’est son nom – ne veut, en effet, vraiment pas entendre parler du projet. «Sous le régime Sambi, le vice-président Idi Nadhoim s’est rétracté une fois qu’il a vu l’endroit où devait être installée cette centrale. On est juste à quelques mètres de l’aéroport, vous-vous rendez-compte», dit-il.

A l’en croire, Mbude est majoritairement contre l’implantation de cette unité de production d’électricité dans la zone. «Seuls quelques jeunes qui travaillent dans l’administration publique ont accepté l’idée de cette centrale, mais le projet a déjà été refusé en avril 2014 par la région», rappelle Ridjali Athoumani, qui craint surtout que le projet ne génère des maladies.

Il se demande pourquoi, malgré la requête du maire sortant de la commune, Abdoulbar Youssouf, le gouvernement rechigne à rendre publics les termes du contrat «alors que nous sommes les premiers concernés».

«Mon expérience»

Mohamed Ahamada, un cadre de la diaspora, qui a travaillé pendant dix-huit dans le secteur pétrolier, essaie de battre en brèche les arguments des «anti-centrale». Il livre donc sa propre expérience : ‘‘J’étais parmi ceux qui traitaient le pétrole en provenance d’Arabie saoudite. Le fioul lourd, ce sont des déchets, qui peuvent être exportés de France en Inde ou vers l’Afrique pour être traités, ce n’est pas du carburant’’. Et d’ajouter : « Si jamais nous avons du pétrole et qu’il est traité, les déchets seront stockés dans un endroit pour être brulés, cela n’a rien à voir avec le gaz ou le pétrole, qui sont plus dangereux… La réalité est qu’on ne sait pas de quelle centrale il s’agit. Centrale de traitement de déchets ou de production d’électricité? Je penche plutôt vers la première option. Si c’est ainsi, nous devrons alors savoir si ce sont des déchets médicaux ou industriels».

Moindjie Abdou, résidant à Lyon, réfute l’affirmation selon laquelle toute la région serait contre le projet. ‘‘Il est vrai que les avis divergent tant au niveau du village qu’au niveau de la région’’, reconnait-il. Il estime que son ‘‘frère Ridjali’’, comme les autres, sont ‘‘incapables de citer les dangers auxquels nous sommes exposés, ils en ont juste entendu parler’’. Pour lui, il est encore trop tôt pour prendre une position dans ce débat : ‘‘Nous devons d’abord avoir les détails du projet, savoir combien de degré aura la centrale, sa température, etc. C’est lorsque nous aurons tous ces éléments que nous pourrions dire que c’est dangereux ou non’’.

Des emplois et de l’électricité

Moindjie Abdou reste convaincu que si la centrale est installée, non seulement elle générera des emplois, mais le pays aura de l’électricité en permanence. ‘‘Ce que nous devons demander, ce sont  les avantages dont bénéficieront le village et la région et poser nos conditions’’, dit-il. Si le gouvernement décide d’implanter ici la centrale, il le fera, avec ou sans notre accord. Alors, mieux vaut chercher à gagner un peu au lieu de tout perdre’’.

Mais, Ridjali Athoumani n’en démord pas ; il persiste et signe : «Il n’y a pas de bénéfice harimwa hassara. Et rien ne vaut la santé de l’homme. Allez voir un peu ce qui se passe à El-Maarouf, nous vivons dans l’obscurité, sans eau,…. Le gouvernement ne sera pas à même de nous traiter en cas de maladie». Dans sa lancée, il confie: «Avant qu’il ne soit membre du gouvernement, le ministre Houmed Msaidié, natif de la région, était opposé au projet». Ce que s’empêche de rectifie Moindjie Abdou: «non, il s’est opposé au projet quand il ne connaissait pas les termes du contrat ni ce que le pays allait gagner. Mais, une fois au gouvernement, il nous a demandé de lui faire confiance puisqu’il ne contribuerait jamais à mettre sa région en danger».

Soidiki Said, lui, est très ferme : ‘‘À Ngazidja, tous les villages sont développés, sauf le nôtre. Si la centrale à fioul lourd était un projet bénéfique, il ne serait pas installé ici. Notre terre n’est pas aussi étendue que celle de Gandzani dans la région d’Hamahame et pourtant ils ont refusé le projet’’. Il ne fait pas mystère de ses appréhensions : ‘‘Nous avons peur, car si danger il y a, nous serions les premières victimes. Nous n’appuierons jamais ce projet’’.

«Obligation de développement»

Pour le ministre de l’Intérieur, justement, parmi les spécifications de la centrale, c’est que la durée du fioul lourd sera transitionnelle : ‘‘Pour le gouvernement, c’est une transition qui ne peut pas dépasser dix ans et en termes de coût, c’est moins cher, donc il n’y aura pas de danger». Msaidié pense que, par rapport aux programmes de développement socioéconomique, «on est obligé de passer par là».

Parallèlement, le gouvernement va accélérer les autres énergies, comme la géothermie à Ngazidja, croit-on savoir. «C’est une énergie palliative et le coût est abordable. Alors, on doit passer par là avant de se lancer dans les énergies propres comme la géothermie», soutient le ministre. Soulé Hamadi, notable de la localité, lui, n’a pas de position tranchée sur le sujet.  Il «ne soutient ni ceux qui sont pour, ni ceux qui sont contre ce projet. Je suis sous les ordres du gouvernement», dit-il.

A Domoni-ya-mbwani, comme de nombreux villages de Ngazidja, les associations locales jouent un rôle important dans le développement, tout comme la diaspora. Les chantiers déjà achevés (construction de l’école primaire, de la madrasa, du marché, le terrain de football,…) témoignent de cette vitalité. Aujourd’hui, le projet en cours et qui tient à coeurr le villag c’est l’aménagement des ruelles. La localité compte près de sept cent habitants, qui vivent particulièrement de l’élevage et de l’agriculture. On y cultive essentiellement la banane et le manioc.

Abouhariat Saïd Abdallah / Alwatwan

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