Elections : La forfaiture de l’élite nationale

L’élection présidentielle de 2016 a permis au pays de remuer toute sa m… et de dévoiler à quel point l’homme est si fragile, influençable, fut-il instruit et éduqué. Nous avons affronté ces deux derniers mois bien des adversités pour maintenir le cap de la liberté et de la vérité. Nous étions menacés, insultés, par des hommes et des femmes à qui on aurait pu hier, les yeux fermés, confier la garde de nos enfants. La descente aux enfers était chaque jour plus profonde et les propos tenus plus vils et plus bas.

Qu’est-ce qu’on n’a pas entendu ! «On n’a pas gagné, on le sait, mais on prendra le pouvoir» ou «On s’en-fout des élections, la Cour constitutionnelle assurera notre victoire» ou plus vicieux encore : «C’est l’argent qui compte, pas le vote». Ces réactions sont révélatrices de la décadence morale d’une partie de l’élite nationale. Le message est clair : «Restes là avec tes convictions et ton intégrité, le monde est fait d’argent et de corruption». Ces hommes-là, nous les avons côtoyés tous les jours, avec leurs costumes propres et leurs discours distingués.

Ils dirigent des organisations politiques et se pavanent avec les meilleurs et plus hauts grades universitaires. Ils constituaient à nos yeux, il y a à peine trois mois, l’espoir de ce pays, le dernier rempart contre la corruption. Dans leur tête, la victoire était presque gravée dans leur gêne au point de ne plus vouloir lire les résultats sortis des urnes. Ils ont commencé par mentir à leur conscience jusqu’à déformer la réalité pour finir jusqu’à se couper de cette réalité-là. Ils en riaient, de surcroit, de leurs bêtises et pensaient détenir les rênes du pouvoir, convaincus de manipuler des marionnettes dans un spectacle grandeur nature.

La plupart n’était plus maitre de leur pensée. Ils véhiculaient à longueur de journée des messages qui n’avaient aucun lien logique avec ce que nous avions vécu avec eux. Comme des hommes fragilisés, vivant l’angoisse du «morcellement ». L’argent coulait à flot. Des jeunes de moins de trente ans ne portaient aucun idéal que d’étaler l’argent et s’exhiber avec les belles voitures de campagne louées…. La perspective immédiate de se servir du pouvoir pour s’enrichir dans l’impunité totale est la raison de toutes ces dérives et la cause des périls qui nous guettent. Nous pressentions les dangers.

On se demandait comment déjouer cette forfaiture de l’élite. On doutait de notre pouvoir. De notre capacité à y faire face. Or, la solution ne résidait que dans l’exercice de notre travail, dans le respect des simples normes qui l’édictent : respecter les faits, s’en tenir à la vérité et restituer aux lecteurs.

Nous étions choqués par l’ingérence grossière de certaines représentations diplomatiques, qui ne cachaient pas leurs intentions de détourner les voix des urnes (argent, visa d’installation..) et qui ont constaté au final, qu’un peuple digne, même pataugeant dans la misère, ne s’achète pas. Notre juridiction compétente en matière constitutionnelle et électorale n’a pas failli. L’armée nationale s’est comportée dignement également, d’une manière républicaine.

La partielle à Anjouan était une élection à haut risque. J’ai dépêché une équipe constituée de six journalistes pour couvrir ce scrutin. Ils ont réalisé d’excellents reportages. Ils étaient présents pour connaitre les résultats une fois affichés, après dépouillement, et les communiquer au siège. Faïza Soulé Youssouf, Ibrahim Youssouf et Mohamed Nassur Riziki ont assisté au dépouillement à Mridju, puis à Mramani. Mohamed Inoussa, le Rédacteur en chef du journal, qui veillait tout au grain, a assisté au dépouillement à Mjimandra, Sardou Moussa et Salim Mohamed couvraient la région de Sima.

Les résultats publiés le soir à 22 heures sur le site du journal Al-Watwan étaient fidèles aux résultats communiqués six heures plus tard par la Ceii à Anjouan et confirmés par la Cour constitutionnelle.

Les risques, nous les avons mesurés. Mais quand un pays est pris en otage par le mensonge et la tricherie, il faut savoir prendre les devants. Si chacun, dans son domaine, ne faisait que son travail, on n’en serait pas encore là, à la merci d’individus sans scrupules, qui nous révèlent aujourd’hui leur vrai visage : médiocres, méchants et dangereux.

Ahmed Ali Amir / Alwatwan

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