Etudiants comoriens à Madagascar : Un visa onéreux et un labyrinthe juridico-administratif

Outre le coût onéreux du visa, les étudiants comoriens à Madagascar se plaignent des délais anormalement longs pour se faire délivrer le fameux sésame, soit entre 15 et 30 jours. Sans parler de toute la paperasse qu’ils doivent réunir en un temps record pour constituer le dossier de demande de visa

 

Pendant que dans d’autres pays, le visa étudiant s’obtient plus facilement et coûte moins cher, à Madagascar, c’est le contraire. En 2016, nous payions 350 euros le visa, cette année nous en payons 450». Ce coup de colère d’Idrisse Halifa, étudiant de 5ème année en Anesthésie-réanimation, se passe de commentaires. Président de l’Association pour le développement socio-éducatif d’Itsandra à Madagascar (Adsei), il se demande quand se tiendra la commission mixte, censée se pencher sur ces tracasseries d’ordre administratif auxquelles ils font régulièrement face.

Outre la cherté du visa, les étudiants comoriens se plaignent des délais anormalement longs pour se faire délivrer le fameux sésame, soit entre 15 et 30 jours. Charafoudine Hamadi Djoumoi détaille ici les différentes étapes à franchir pour obtenir ou renouveler son visa. «Il faut d’abord passer par le chef du quartier pour un certificat de résidence, ensuite trouver un contrat de bail, puis une attestation d’hébergement. Pour signer cette attestation, le bailleur exige le paiement de 20 euros ; vous devez ensuite aller la légaliser, se faire établir un casier judiciaire, se faire enregistrer en tant qu’étranger à la police, remplir un dossier de demande de visa. A chacune de ces étapes, vous devez toujours payer», fait-il savoir. Plus qu’un labyrinthe juridico-administratif, un vrai parcours de combattant.

Différence de traitement

Concernant l’accueil, c’est une toute autre histoire. «Dans l’administration, on est très mal accueillis. On nous dit que le travail commence à 8 h au ministère de l’Intérieur, mais le responsable n’arrive qu’à 11 h. Il s’occupe de ses affaires et ferme souvent à midi», ajouta-t-il.

Mais, Charafoudine Hamadi critique aussi ses compatriotes dont certains oublient sciemment de ‘‘solliciter le visa.’’ S’il reconnait que le coût est onéreux, il n’en pense pas moins que les étudiants comoriens doivent, malgré tout, se mettre en conformité avec la loi.

Un autre étudiant de 5ème année en Géophysique à Ankatso, natif d’Usipvo, souligne qu’avant, il y avait une différence de traitement entre les étudiants du privé et du public. «Les étudiants du privé payaient 228 euros pour la carte de résident et 50 euros pour le visa. On pouvait payer cet argent en deux tranches. Ceux du public payaient alors 114 euros, soit la moitié, selon les textes en vigueur. Mais, tout d’un coup, tout a changé, on ne sait pas si la loi a été, entre temps, modifiée ou pas. Maintenant, ils exigent 300 euros, plus 50 euros pour le visa.» Pour ceux qui poursuivent leurs études en province, c’est encore pire. Ils doivent passer pratiquement un mois à Tana pour obtenir le visa. Un mois pendant lequel ils sèchent les cours. «Maintenant, le visa est biométrique ; donc tous les étudiants en province doivent venir à Tana pour se faire prendre les empreintes. Cela complique encore les choses, car si on vous rattrape, vous allez devoir payer la somme équivalente au nombre d’années passées sans visa», renchérit Fouad Ben Hassan, étudiant de 3ème année en Télécommunications.

L’étudiant comorien court plusieurs risques En dehors de l’expulsion, l’étudiant comorien non-régulier à Madagascar court plusieurs risques. Selon Ibrahim Mmadi, de Bwenindi-ya-Hamanvu et étudiant de 3ème année en Environnement, si la police vous attrape alors que vous n’avez pas de visa, vous payez sur le champ un pot de vin, avant d’être conduit au commissariat de police le plus proche ou au ministère de l’Intérieur. «Et là, vous n’avez pas droit au téléphone. Si vous tombez sur quelqu’un de gentil, il vous laisse passer un seul coup de fil pour informer vos proches. Dans le cas contraire, on vous tétanise pendant 24 h avant de vous autoriser à appeler. Dans cet appel, soit vous communiquez pour trouver un moyen de payer le visa, soit vous demandez qu’on vous paie le billet de retour aux Comores. Cela dépend de l’humeur du jour des agents de police en garde. D’une manière ou d’une autre, il vous faut beaucoup d’argent, que ce soit pour sollicité le visa ou pour rentrer. Le gouvernement comorien se doit de trouver une solution pour nous sortir de cette situation», plaide Ibrahim Mmadi.

Abouhariat Said Abdallah / Alwatwan 

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