Football éliminatoires de la CAN 2019: Ben Amir Saadi, entre colère et espoir !

A trois semaines du premier match des éliminatoires de la CAN 2019, où les Comores iront défier le Malawi dans le groupe B, le 10 juin prochain à Lilongwe, nous avons contacté Ben Amir Saadi, manager des Coelacanthes, pour faire le point. Sans langue de bois, il nous a livré ses espoirs dans cette nouvelle compétition qui débute mais aussi ses inquiétudes face à la situation économique de la fédération toujours aussi précaire et qui risque de freiner les ambitions des hommes d’Amir Abdou. Entretien.

 

Ben Amir Saadi, dans quelques semaines vous allez rencontrer le Malawi pour votre premier match dans ses éliminatoires de la CAN 2019. Est­il vrai qu’un rassemblement de l’équipe nationale est programmé à Marseille avec un match amical à la clé contre le Togo à Martigues? Car aucune confirmation officielle n’a été diffusé de la fédération ni de votre part. Qu’en est­il exactement?

 

En effet, après avoir obtenu notre qualification au tour préliminaire contre notre voisin Maurice, nous allons entrer dans le vif du sujet le 10 juin prochain à Lilongwé face au Malawi. Et comme vous savez, la plus part des championnats européens où évoluent nos joueurs, ont tiré leur rideau le week­end dernier. Il n’est donc pas pensable, pour le coach, de laisser ses joueurs trois semaines sans activités avant d’entrer en lice dans cette compétition quant on connait l’importance du premier. Il a donc souhaité un rassemblement d’une dizaine de jours pour préparer ce match. Ce rassemblement aura lieu à Marseille et devrait débuter le 29 mai jusqu’au 06 juin avec un match amical prévu pour le 04 juin.

Vous confirmez donc qu’il y aura un match amical contre le Togo à Martigues le 04 juin ?

Je confirme que nous nous sommes mis d’accord avec le Togo pour un match amical le 04 juin. Il était programmé pour qu’il se joue à Martigues. Mais la ville nous a signifié, fin de semaine dernière, qu’au vu de la conjoncture actuelle du club martégual, qui vient tout juste de changer de Président, la ville n’était pas en mesure de nous mettre à disposition le stade.

Avec l’organisateur du match, Sport Global Management, nous avons pris contact avec d’autres villes de la région pour avoir la mise à disposition d’un stade pouvant accueillir un public suffisant, mais en cette période la programmation est intense avec notamment le tournoi international espoir de Toulon qui occupent beaucoup de stades de la région PACA*.

Vous parlez de la région PACA mais pourquoi ne pas jouer cette rencontre en île de France, par exemple, où la communauté est tout aussi importante?

En effet, vous avez raison. Il y a autant, si ce n’est plus, de comoriens en île de France qu’en région PACA. Notre idée première justement a été de demander à l’organisateur du match de jouer en île de France. Il a fait les demandes mais il n’a pu avoir de stade disponible. Et jusqu’à ce lundi matin, il nous restait un espoir d’avoir une réponse positive de la ville de Créteil pour jouer au stade Duvauchelle mais malheureusement nous avons reçu la même réponse que pour les autres demandes. Le stade Duvauchelle est extrêmement occupé au mois de juin par les différents tournois et match préalablement programmés.

Ce match n’aura donc pas lieu?

Si, nous n’avons pas abandonné l’idée. Nous espérons toujours le jouer mais il est probable désormais qu’il se joue à huis clos si on ne trouve pas un stade qui peut accueillir du public.

Nous avons un temps pensé à jouer au stade de la Martine où évolue Marseille Consolat mais le terrain est en travaux. Ayant obtenu le stade du Cesne, où évolue quelque fois la réserve de l’OM, pour nos entrainements, il est fort probable désormais qu’on joue le match la bas. C’est un stade homologué FIFA mais dont la capacité n’est que de 1000 places dont 300 assises. Je profite d’ailleurs de l’occasion que vous m’offrez pour remercier l’élue municipale Maliza Saïd Soilihi et l’adjoint au Maire chargé du Sport, Richard Miron, qui nous ont facilité toutes les démarches pour l’utilisation dudit stade.

 

Il y a un peu plus de deux mois, avant la rencontre contre l’île Maurice, planait le risque d’un forfait des Coelacanthes pour faute de moyens. Dans l’urgence l’état a débloqué quelques moyens conjugué à ceux de vos partenaires comme Comores Telecom et le match a pu avoir lieu. Est­ce que vous pouvez nous rassurer qu’aujourd’hui ces difficultés financières sont derrière vous?

J’aurai bien aimé vous rassurer et vous confirmer que ces difficultés sont loin derrière nous. Mais que nenni. Il n’en est rien. Bien au contraire, je suis très inquiet. Et les supporters doivent savoir et être conscients que tout le travail que nous effectuons depuis plusieurs années peut s’écrouler à tout moment car on avance, tel un funambule, sans filet. Je pensais honnêtement qu’après la rencontre contre Maurice, il y allait avoir une prise de conscience collective de nos partenaires et surtout de l’Etat pour nous faciliter le travail et nous armer au mieux pour aller chercher une qualification historique dans un groupe relevé comme le notre, mais à ce jour et à ma connaissance aucun budget n’a été débloqué. Ni pour notre préparation à Marseille, ni pour notre match au Malawi. Comme vous le savez, le fonctionnement d’une équipe nationale demande des moyens importants. A l’heure actuelle, on se retrouve à chercher des prêts privés pour essayer de financer notre préparation à Marseille et notre déplacement au Malawi. C’est très difficile de travailler dans ces conditions.

 

On vous sent en colère!

 

Oui je le suis. Ceux qui me connaissent savent que je n’aime pas étaler nos difficultés dans la presse mais je trouve que la situation est suffisamment préoccupante pour garder le silence. Cela fait plusieurs années qu’on se bat, bénévolement, pour arriver à ce niveau avec des sacrifices personnelles, professionnelles et familiales. Aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin du soutien plein entière de notre état mais force est de constater que derrière les discours et les belles promesses qu’on nous vend à chacun de nos déplacements au pays, que ce soit le Chef de l’Etat, ses ministres ou ses conseillers, on ne voit rien venir de concret. Or, en Afrique, sans le soutien des états, même avec la meilleure gouvernance possible d’une fédération, aucune sélection n’est aujourd’hui en mesure d’être auto­suffisante. D’où mon cris d’alarme. Maintenant, on ne va pas baisser les bras pour autant. Ces dernières semaines, avec le Président nous avons multiplié les déplacements et  les rencontres pour trouver des partenaires qui pourraient dans un avenir proche nous soutenir. Ce n’est pas évident mais je veux garder espoir et je lance un appel à toute les bonnes volontés pour nous venir en aide. Je salue d’ailleurs l’initiative prise par l’artiste Farid Youssouf qui mobilise son association « Mkoidjou ya Masiwa » pour nous apporter sa contribution. D’autres initiatives vont se mettre en place petit à petit mais dans l’immédiat nous avons surtout besoin du soutien de notre état. Et pas de manière ponctuelle. Il serait temps de mettre en place une véritable politique économique visant à soutenir dans la durée notre sélection et plus généralement le sport dans nos îles. Et les solutions existent. Il ne manque que la bonne volonté de ceux qui nous dirigent pour les mettre en oeuvre.

 

Propos recueillis par Oustadh Padré/LGDC

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