France-Comores : le choix de la défiance

Ici à la Réunion ou, là-bas, aux Comores, le temps est à la célébration après les épreuves sportives et diplomatiques des Jeux des Îles. À Moroni, environ 500 personnes ont participé à un hommage aux athlètes comoriens qui ont été contraints au boycott par leurs dirigeants afin de protester contre le défilé de la délégation de Mayotte sous le drapeau français.

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« Les athlètes comoriens, sans prendre part aux Jeux, ont remporté la médaille d’or de l’honneur et du patriotisme, leur geste a renforcé la cohésion nationale », a estimé l’un des organisateurs de la manifestation, Me Ali Elaniou cité par l’Agence France Presse.

Ici à la Réunion, les sportifs qui ont remporté les Jeux ont également été félicités et honorés. Mercredi par le maire de Saint-Denis et le préfet. Hier par le président de Région et la présidente du Département. Rien de nouveau, les représentants de l’État et les élus de tous bords n’aiment rien tant que de poser pour la photo à côté des champions et de leurs médailles. Didier Robert a profité de l’occasion pour placer sur le podium de ses critiques Manuel Valls et son ministre des Sports inflexibles sur la question du drapeau français. Un passage en force qui s’est soldé par cette crise avec les Comores. Les sportifs comoriens et réunionnais peuvent légitimement estimer qu’une partie de ce qui devait être une fête sportive a été confisquée par les pouvoirs des deux pays.

L’instrumentalisation du sport par la politique est une constante depuis l’apparition des Jeux Olympiques modernes. Les États intègrent ces rendez-vous à leur stratégie de puissance.
Hier, le président de Région a plaidé pour une réconciliation avec les Comores. Comment pourrait-il en être autrement ? Dans l’archipel, une très grande majorité de Comoriens s’est sentie humiliée. À l’opposé, les Mahorais ont été fiers de n’être plus considérés comme apatrides. Mais les relations entre les îles n’ont rien gagné, sinon à faire ressortir un patriotisme exacerbé.

On sait surtout que cette crise aurait pu être évitée par plus de dialogues et d’échanges avant. Les dirigeants comoriens n’ignoraient rien des intentions des autorités françaises après la déclaration de Manuel Valls et ont accepté de venir à la Réunion. Et les dirigeants français ne pouvaient pas ne pas savoir qu’ils allaient crisper les Comoriens. Les relations entre la France et les Comores sont-elles vouées à rester sur le mode de la méfiance et de la défiance ? Interrogé, l’avocat franco-comorien Saïd Larifou, candidat pour la troisième fois aux élections présidentielles des Comores, estime qu’il est temps que la Commission de l’océan Indien parle d’autres choses que de dossiers économiques mais s’intéressent aux échanges de population et aux barrières aux frontières. Comme d’autres personnalités politiques de la jeune génération, il considère également qu’il est temps que les Comores posent un autre regard sur Mayotte. « Les revendications comoriennes sont légitimes mais contre productives et irréalistes en l’état ».

Renvoyer chacun à ses torts revient donc à choisir l’échec. Tout rapprochement restera vain. Hier, Didier Robert et Nassimah Dindar ont appelé à davantage de coopération avec les Comores. Chiche, a-t-on envie de dire. Tant d’élus et de ministres ont déjà plaidé pour plus d’échanges entre voisins de l’océan Indien. Gageons qu’il ne s’agit pas de paroles de circonstance. Et peut-être que la résurgence de ce conflit de 40 ans déclenchera la construction d’un autre avenir commun entre les îles de l’océan Indien.

Jérôme Talpin -JIR

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