La coalition Juwa-Crc mise à l’épreuve par la crise du golfe

Tout un pays peut-il prétendre s’aligner derrière une décision, fut elle juste ou justifié? N’est-ce pas à l’honneur de la démocratie, que d’autres personnalités du pays expriment d’autres options. L’adhésion totale et sans faille n’est-elle pas un leurre des vieilles dictatures.
 
Le président Azali a tranché en toute souveraineté dans un domaine qu’il considère à juste titre comme réservé. Il décide de couper les relations diplomatiques avec le Qatar sans consulter les forces politiques ou les présidents des institutions.
Il prend tout sur ses épaules et informe son gouvernement de sa décision. Entre la position médiane, koweitienne et ses variantes, notamment les rappels des ambassadeurs par beaucoup de pays, il se range derrière la position tranchante de l’Arabie saoudite qui se solde par la rupture des relations diplomatiques. Le président ne s’est pas jusqu’ici confié sur les motivations profondes de sa décision.
Le parti Juwa ne s’est pas désolidarisé de cette décision. Du moins, pas encore. Le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bacar Dossar, a lui-même signé le communiqué annonçant la rupture et le ministre d’Etat, Fahmi Saïd Ibrahim – qui ne s’est pas exprimé sur le sujet – joue, lui aussi, la carte de la solidarité gouvernementale.
La fausse note de cette solidarité viendra de l’ancien président Sambi qui jusqu’ici s’est posé en observateur et ne s’est pas exprimé sur les sujets qui fâchent.
Il orchestre une sortie médiatique, savamment préparée, pour annoncer qu’il n’a été “ni associé, ni tenu informé” de la décision du président sur la crise au golfe.
Toute son intervention diffusée sur les réseaux sociaux, fonde sa plaidoirie sur l’option koweitienne, de recherche de sortie de crise, tout en se gardant de porter une accusation quelconque aux parties en conflit dans le Golfe.
Cette déclaration qui fit le tour des réseaux sociaux trouve large écho et embarrasse le pouvoir en place sur la solidité de cette coalition Juwa-Crc et ses règles de conduite.
Cette brèche n’est pas passée inaperçue chez une partie de l’opposition qui, pourtant, vient de sortir une déclaration sur le bilan du président Azali (plutôt) assez dure et peu reluisant. Elle s’incruste dans la faille pour pousser la coalition dans ses limites, en espérant une recomposition après son éclatement.
Mais la décision du président Azali sur nos relations avec le Qatar peut-elle être source de rupture avec la principale coalition qui l’a porté au pouvoir, juste à l’épreuve d’un an ?
Tout un pays ne peut, non plus, prétendre s’aligner derrière une décision, fut elle juste ou justifié. C’est aussi à l’honneur de la démocratie, que d’autres personnalités du pays expriment d’autres options. L’adhésion totale et sans faille est un leurre des vielles dictatures.
Pendant que les chamailleries continuent, le secrétaire d’Etat américain lance un appel à l’Arabie saoudite et à ses alliés pour qu’ils lèvent ou allègent le blocus contre le Qatar, estimant que ces mesures gênent les opérations de lutte contre le groupe Etat islamique.
La France appelle quant à elle à l’apaisement, et s’aligne derrière les Usa, en demandant aux pays du golfe, de “désamorcer la situation” et faire “un effort de bonne foi”.
Mais les Émirats arabes unis ne vont pas dans le sens de l’allégement, au sujet de leur rupture diplomatique avec le Qatar.
Ils considèrent que tous “ceux qui témoigneront d’une quelconque forme de sympathie envers le Qatar, et contre ceux qui critiquent la position des Émirats arabes unis, que ce soit à travers les réseaux sociaux, ou par n’importe quelle forme écrite, visuelle ou verbale” seraient passibles de plusieurs années d’emprisonnement et d’une lourde amende.
C’est dire à quel point cette crise n’est pas simple et n’a pas encore révélé toutes ses facettes…          

Ahmed Ali Amir /Alwatwan 

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