La Communauté comorienne de France a un tout nouveau Président : après le temps de la discorde, le temps de la miséricorde ?

Mohamed Ahamed Takou
Mohamed Ahamed Takou

La Diaspora comorienne en France a procédé, samedi 25 février 2017, à l’élection d’un nouveau Président pour remplacer Foundi M’hamadi Boina Mzé. Rappelons que celui-ci a occupé le poste depuis 2002 sans partage jusqu’au début de la transition. Or les statuts prévoient un renouvellement de l’exécutif tous les trois ans. Deux candidats étaient en lice : Mr Youssouf Saïd natif de Foumbouni et Foundi Mohamed Saïd de Mwemboidjou. Les comoriens ont choisi ce dernier pour présider à leur destinée dans les trois prochaines années. Je profite de l’occasion pour  saluer le calme, la sérénité et l’esprit de responsabilité qui ont caractérisé le déroulement de ces élections, qui furent une réussite et, de l’avis de beaucoup, historiques. Aussi, je ne saurais à ce titre manquer d’adresser mes félicitations à mon cher frère, Mpépé, et toute son équipe pour le travail remarquable qu’ils ont accompli tout au long de la période transitoire dont nous constatons aujourd’hui les résultats.

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Ce fut un challenge ! D’aucuns pariaient même sur un éventuel échec du processus de transition enclenché il y a à peine trois ans ! En effet, nous savons tous les maux qui sont à l’origine des divisions intestines et rancœurs que traverse notre Diaspora, mettant à l’épreuve toute initiative, noble soit – elle,  de réorganiser cette dernière afin de lui donner une base pérenne et en faire une entité légitime capable d’incarner le renouveau tant nécessaire et porter nos doléances auprès des autorités du pays d’accueil et du pays d’origine. Mais c’était s’en conter avec la détermination et le sens des responsabilités des membres de l’équipe de transition, qui ont su gérer cette période très difficile et conduire avec un dévouement légendaire le processus de préparation et d’organisation jusqu’à cette date historique pour remettre le flambeau.

Naturellement, j’adresse mes sincères félicitations au tout nouveau Président, le frère Mohamed Saïd, à qui je souhaite un franc succès dans ses nouvelles missions. J’en n’oublie pas un petit mot d’amitié à l’endroit du frère Youssouf Saïd, qui n’a pas démérité. Au contraire, il a fait preuve de beaucoup de dignité en appelant à l’union de toutes les forces tant les défis de notre communauté sont grands. Certes, je m’associe au choix des comoriens en la personne de Foundi Mohamed Saïd. Un choix qui correspond parfaitement aux qualités de l’homme, dont nombreux sont ceux qui connaissent les compétences et la dimension à la fois intellectuelle et spirituelle. Pour  autant, nul ne peut ignorer le poids de la tâche ni l’ampleur des enjeux.  

En effet, notre communauté a connu une période trouble où la course à la satisfaction individuelle avait supplanté, du moins, fragilisé l’esprit de solidarité millénaire qui caractérise le Comorien. Un esprit qui le conduit toujours à inscrire son action, où qu’il se trouve, dans une démarche collective s’intéressant à l’autre. D’où les nombreuses associations comoriennes pour défendre les intérêts collectifs d’un groupe donné dans le pays d’accueil et participer au développement du pays d’origine. D’où aussi l’organisation de la notabilité en entité institutionnelle qui fut à l’origine des « Madjliss » ; celui-ci étant devenu aujourd’hui l’instrument principal de collecte de fonds au service du développement socioéconomique de nos différentes localités. Malgré les nombreuses preuves de son existence, cette institution a hélas été récemment le théâtre d’une violente discorde à son sein. Une frange ait été jusqu’à tenter, sans succès, de remettre en cause la légitimé d’une institution qui non seulement a montré les preuves de son utilité mais profité à tous.

Mohamed Ahamed Takou
Mohamed Ahamed Takou

J’en appelle ainsi à la toute nouvelle équipe à prendre la mesure de la situation et sans tarder à se mettre au travail. Et Dieu seul sait que les chantiers sont nombreux ! À commencer par celui de l’unification, la mobilisation et la restructuration de la communauté ainsi que la consolidation de sa dimension tant institutionnelle que culturelle. Personne ne doute des capacités intrinsèques de celui qui est désormais appelé à diriger la nouvelle direction.

Je connais personnellement l’homme, ses talents et son charisme. Mais il ne peut bâtir seul la maison, qui se trouve dans un état détérioré. Encore faudrait – il  rappeler qu’il s’agit là d’une tâche collective qui exige la mobilisation et l’engagement de tout un chacun car il est question de construire notre communauté, patrimoine commun.

Une Communauté, à laquelle il conviendrait d’assigner de nouvelles orientations et missions. Elle doit notamment incarner le renouveau et être un solide outil socio-juridique capable de porter et réaliser les vieilles doléances des comoriens de France : la mise en place d’une Maison des Comores, la reconnaissance du droit de vote, l’appui du processus de développement local ; mais au delà, elle doit devenir un véritable acteur  pour  accompagner la nouvelle génération franco-comorienne dans son insertion socioprofessionnelle ici ou ailleurs.

A l’issue du processus de transition qui a abouti à la mise en place officielle du nouvel exécutif, nous ne pouvons qu’espérer l’avènement d’une nouvelle ère augurant des lendemains enchantés, sans pour autant se laisser étourdir dans un romantisme à la Flaubert ! Plutôt, en bon croyant, dirions-nous que l’espérance est permise ! Ainsi, nous le rappelle le Saint Coran : « ne désespères point de la miséricorde d’Allah », car « …à coté de la difficulté est, certes, une facilité ». Et après la discorde, souhaitons que cette nouvelle ère nous apporte le temps de la miséricorde.
Mohamed Ahamed Takou

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