La diaspora comorienne finance-t-elle le sous-développement des Comores ?

La diaspora comorienne finance-t-elle le sous-développement des Comores ? Telle est la question posée, non sans provocation d’ailleurs, par Mistoihi Abdillahi, un sociologue comorien, lors d’une conférence qu’il a prononcée à Lyon le 20 juin 2015. Il a cherché à démontrer, lors de son intervention, les responsabilités des expatriés comoriens dans le sous-développement du pays : l’intérêt exclusif pour le grand-mariage, es villages et es associations. Pour lui, le financement de cette institution contribue non pas au développement du pays mais à son sous-développement car il injecte des milliards non pas dans l’économie productive mais dans des dépenses ostentatoires.

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Diaspora

Notre sociologue est volontairement provocateur pour réveiller les esprits. Mais il n’ignore aucunement les apports gigantesques de la diaspora : ses transferts d’argent représentent 25,8 pour cent du PIB, 160 pour cent des recettes budgétaires de l’Etat et 380 pour cent de l’aide publique au développement. Ces sommes colossales financent l’aide aux familles (77 pour cent dont une bonne partie va au grand-mariage), des projets immobiliers (13 pour cent) et seulement 10 pour cent sont alloués à des investissements productifs. Ces fonds présentent des avantages incontestables (assurent la consommation des ménages, réduisent ainsi la misère, financent l’éducation et la santé) mais aussi des inconvénients (créent essentiellement à Ngazidja une mentalité de rentier à l’origine, entre autres, de l’abandon de l’activité agricole) et creusent les inégalités insulaires puisque 95 pour cent de ces sommes vont à Ngazidja mais aussi le déficit de la balance commerciale qui s’établit à 73 milliards de Fc puisque cet argent achète des produits importés de Dubaï, Tanzanie, Chine…
Mistoihi Abdillah ne voit aucune fatalité dans cette situation et avance des solutions destinées à l’améliorer : combattre le communautarisme, éduquer les enfants de la diaspora à la recherche du savoir, aider aux changement des mentalités des Comoriens restés au pays qui ne sont pas en adéquation avec le développement économique, être des moteurs et des promoteurs des investissements économiques aux Comores et soutenir la jeunesse comorienne restée aux Comores à s’autonomiser financièrement. J’ajoute à cela une politique publique volontariste qui orienterait les financements des projets des associations (3 à 6 milliards de Fc par an) vers des secteurs productifs (créateurs de richesses et d’emplois).

Je simplifie : la diaspora comorienne finance à la fois le développement et le sous-développement des Comores en investissant ses liquidités dans des projets non productifs et en créant de l’assistanat.

Mais on pourrait lui simplifier la vie en implantant des consulats dignes de ce nom au moins à Marseille et à Lyon (pour lui alléger ses démarches administratives), en lui facilitant ses voyages aux Comores et en lui accordant le droit de vote dans des conditions dignes, respectables et honnêtes. Voilà qui pourrait être une façon de reconnaître son apport (pour l’instant et pour longtemps irremplaçable) et répondre à ses attentes.

Nassurdine Ali Mhoumadi, docteur ès Lettres, ancien enseignant à l’Université des Comores.

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