Le Parlement britannique fait la morale fiscale à Starbucks, Amazon et Google

L'association de lutte contre l'austerité UK Uncut a lancé une campagne contre Starbucks, appelant à occuper ses cafés pour les transformer en refuges pour femmes violées, en crèches et en abris pour sans-abris.

Des responsables de Starbucks, Amazon et Google ont détaillé lundi 12 novembre comment ces grandes multinationales américaines paient un minimum d’impôts en Grande-Bretagne, devant des députés visiblement peu convaincus par leurs explications.

« Nous ne pratiquons pas l’évasion fiscale », a assuré Troy Alstead, directeur financier de Starbucks, une chaîne de cafés très implantées dans le pays, devant la commission des finances publiques du Parlement. « Nous ne gagnons pas d’argent au Royaume-Uni« , a-t-il ajouté pour expliquer pourquoi son groupe n’y paie actuellement pas du tout d’impôt sur les bénéfices.

« IL Y A UN DU TRUCAGE DANS L’AIR »

En une quinzaine d’année de présence, Starbucks n’a en effet réalisé qu’un exercice bénéficiaire, en 2006. Le groupe blâme la concurrence acharnée dans le pays ainsi que les prix de l’immobilier.

« Vous perdez de l’argent et pourtant vous continuez d’investir ici ; ça ne me semble pas vrai… Cela ne semble pas vrai monsieur Alstead et c’est cela qui frustre les contribuables britanniques « , a réagi Margaret Hodge, la présidente de la commission. « Soit vous dirigez très mal cette entreprise, soit il y a du trucage dans l’air », a renchéri le député travailliste Austin Mitchell, goguenard.

DES ROYALTIES À AMSTERDAM

Les médias ont multiplié ces dernières semaines les révélations sur les grands groupes étrangers payant très peu voire pas d’impôt sur les bénéfices, grâce à des artifices comptables comme le paiement de royalties pour l’utilisation de la marque ou le transfert de revenus vers une juridiction plus favorable, malgré les milliards de livres gagnés dans le pays.

Dans le cas de Starbucks, des royalties sont reversées au siège régional du groupe américain à Amsterdam, lui permettant ainsi de bénéficier d’un taux d’imposition très favorable aux Pays-Bas.

« C’EST INADMISSIBLE ! »

Andrew Cecil, directeur des affaires publiques d’Amazon, a aussi expliqué comment les opérations européennes du groupe de vente en ligne étaient basées à Luxembourg – lui permettant de payer de très faibles impôts au Trésor britannique. En commandant un livre au Royaume-Uni, « vous achetez en fait auprès d’une entreprise basée au Luxembourg », a-t-il tenté d’expliquer.

Mais ses propos évasifs et son absence de réponses claires sur la structuration de l’entreprise ont fini par agacer les députés. « C’est inadmissible ! », « je ne sais pas pour qui vous vous prenez », lui a lancé la présidente de la commission.

GOOGLE, ENTRE IRLANDE ET BERMUDES

Quant à Google, déjà soupçonné en France d’évasion fiscale, le moteur de recherche a basé ses opérations européennes en Irlande et dispose également d’un siège… aux Bermudes. « Nous avons aux Bermudes une entité qui dispose de nos droits de propriété intellectuelle hors des Etats-Unis », a expliqué Matt Brittin, dirigeant de Google en Europe du Nord.

Eclairage : Google dément que le gouvernement français ait évoqué un redressement fiscal

L’optimisation fiscale pratiquée par les grands groupes pour réduire leur feuille d’impôts n’a bien souvent rien d’illégal. Mais il n’empêche que la grogne monte alors que les Britanniques font face à une sévère cure d’austérité gouvernementale. « Nous ne vous accusons pas d’agir illégalement mais de vous comporter de manière immorale », a lancé Margaret Hodge au dirigeant de Google.

OCCUPY STARBUCKS

Signe de la colère dans l’opinion publique, l’association de lutte contre l’austerité UK Uncut a lancé une campagne contre Starbucks, appelant à occuper ses cafés pour les transformer en refuges pour femmes violées, en crèches et en abris pour sans-abri.

Ces affaires, qui ont suscité une vive polémique, ont amené le gouvernement du premier ministre conservateur, David Cameron, à prendre position. Le ministre des finances, George Osborne, a appelé la semaine dernière le G20, avec son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, à renforcer la coopération en matière de taxation des multinationales.

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