Le patrimoine culturel comorien, une richesse inexploitée

Le patrimoine culturel comorien, une richesse inexploitéeLe patrimoine culturel comorien, une richesse inexploitée

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Bien qu’il soit admis que notre pays possède un potentiel certain qui devrait lui permettre de construire un développement socioéconomique viable, nous oublions souvent, ou ignorons peut être, la contribution que notre patrimoine culturel pourrait apporter à notre quête de développement.

Il est effectivement plus facile pour certains de comprendre et d’envisager la manière dont le tourisme, la pêche ou encore l’agriculture, pourrait favoriser et permettre à notre pays de se développer. Par contre, parce que mal connu par certains et n’ayant pas une grande importance pour d’autres, la promotion de notre patrimoine culturel, dans toutes ses formes, reste pour plusieurs compatriotes et autorités publiques une option peu convaincante pour soutenir le développement de nos îles.

C’est quoi un patrimoine culturel ?

Nous pouvons définir le patrimoine culturel comme étant l’ensemble des biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique et/ou historique certaine, et qui appartiennent à une entité privée ou à une entité publique.

La loi N°94-022/AF du 27 Juin 1994, relative à la protection du patrimoine culturel national dans notre pays, défini ce dernier comme étant composé de  « tous les biens mobiliers et immobiliers, publics ou privés, présentant un intérêt national certain du point de vue de l’histoire, de l’art, de l’archéologie, de la science, de la tradition et de la religion ». Ainsi,  tous les sites archéologiques et naturels, édifices religieux, édifices liés aux anciens sultans, fortifications, monuments, chants, danses traditionnelles, gastronomie, lieux de sépulture, objets, mobiliers et immobiliers appartenant à une période quelconque de l’histoire comorienne et présentant un intérêt national certain font entièrement parti de notre patrimoine culturel.

 

D’autre part, le patrimoine fait aussi appel à l’idée d’un héritage légué par les générations qui nous ont précédés, et que nous devons transmettre intact ou augmenté à celles qui vont nous succéder.

Que nous ne valorisions pas notre patrimoine culturel de sorte à asseoir une image mystique de notre pays et soutenir par la même occasion le secteur du tourisme par exemple peut être un choix délibéré de nos responsables publics, certes pas très soutenable, mais le manquement à notre devoir de mémoire, de restauration ou encore de sauvegarde du patrimoine que nous avons hérité s’apparente à un crime collectif.

 

Le patrimoine culturel, le tourisme et le chômage

Si nous devrions investir dans un seul secteur pour rehausser l’économie de notre pays, nous opterions sans doute pour le secteur du tourisme. Nos îles disposent d’un atout et d’une richesse certaine pour le tourisme. Notre climat, notre végétation, nos plages et nos littoraux sont très favorables et conviennent parfaitement pour un développement de notre pays par le tourisme à l’instar d’autres pays insulaires de la sous région.

En fait, c’est l’envi de découvrir d’autres cultures, d’autres paysages et d’autres coutumes qui est la principale motivation des voyageurs qui visitent les régions du monde.

Ainsi, comment prétendre investir dans le secteur du tourisme sans accorder une importance effective à la mise en valeur de notre patrimoine culturel ? Certes, il faut augmenter nos capacités d’hébergement et de restauration, mais vous conviendrez avec nous que les touristes ne viendront pas chez nous que pour passer un séjour dans une chambre d’hôtel. Ces gens là viendront surtout pour se distraire et découvrir notre pays, c’est donc dans ce sens qu’il faudrait aussi organiser le secteur du tourisme.

 

Nous disposons de plusieurs sites et monuments historiques, à l’image des anciens palais des sultans, pouvant intéresser plusieurs étrangers en visite chez nous, et par des externalités positives permettre l’apparition de certaines activités parallèles génératrices de revenu.

En effet, des activités économiques dans les services de guide touristique, plongée sous-marine, artisanat, randonné, animation touristique et d’autres activités ayant trait au divertissement permettront la réalisation de plusieurs projets d’entreprise. Ce sont ces activités là qui contribueront pour beaucoup à la diminution du chômage dans notre pays. Et pour preuve, à l’époque où le Galawa Beach fonctionnait normalement, c’est toute la région du Nord de Ngazidja qui profitait, et nombreux sont des compatriotes qui se sont convertis dans des métiers d’animation touristique et réussissaient à faire vivre leur famille et pour certains à créer des entreprises.

Qui doit et qui peut contribuer à la promotion du patrimoine ?

D’abord ce sont tous les comoriens où qu’ils résident qui doivent être les premiers à promouvoir, à mettre en valeur, à faire connaitre et à contribuer à la restauration et à la préservation de notre patrimoine culturel.  Nous pouvons, pour se faire, nous mobiliser et/ou soutenir des associations ou ONG qui militent et qui s’investissent dans ce domaine. Nous félicitons et encourageons les quelques associations comoriennes qui travaillent d’arrache pied pour la sauvegarde de notre patrimoine à l’image du Collectif du Patrimoine des Comores par ses projets de rénovation des anciens palais des sultans des Comores notamment ceux d’Anjouan.

Ensuite, ce sont les autorités publiques qui ont la charge de la gestion de notre patrimoine (Ministère de la Culture, CNDRS, la Commission Nationale des Monuments Historiques) qui doivent jouer pleinement leur rôle. Nos autorités devront définir une politique claire pour la préservation et la sauvegarde de notre patrimoine culturel, et être le cheval de Troie de la promotion de celui-ci au niveau de la sous-région, du continent et au niveau international.

Enfin, l’intervention de ces deux catégories d’acteur dans le domaine de la protection du patrimoine rendra rentable et crédible la réalisation de projets d’entreprise dans les activités touristiques  sus mentionnées.

En effet, la création d’entreprise dans les services touristiques qui ont trait à l’exploitation de la richesse de notre patrimoine culturel ne relève pas du patriotisme ou du nationalisme. C’est dire que le discours de certains responsables qui consiste à dire que « les citoyens doivent prendre leur responsabilité pour le développement du pays en créant des entreprises pour diminuer le chômage » ne tient pas début. Ce qui tiendrait serait que ces mêmes responsables s’emploient à faire en sorte que les projets d’entreprise qu’ils appellent de tous leurs vœux soient réalistes et réalisables en améliorant le climat des affaires des secteurs concernés. En fait, dans ce cas, le patriote ne serait pas celui qui investirait dans un secteur censé être prometteur mais avec une certitude de ne pas réaliser des bénéfices, mais sera celui qui PREFERERA investir dans nos îles, sa patrie, avec la certitude qu’il réaliserait plus de bénéfice ailleurs.

 

 

 

 

Housni ABDOU MADI

Doctorant à l’Institut des Études Africaines de Rabat

housnimam@yahoo.fr   

1 commentaire sur Le patrimoine culturel comorien, une richesse inexploitée

  1. Interessant ce topic ! J’espère également qu’un jour les COMORES connaitront l’essor du tourisme..et j’espère apporter ma petite pierre à l’édifice !

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