Les paradoxes du système éducatif Comorien

Cette année l’université des Comores s’apprête à dépasser le cap des 10 000 étudiants. Un joli pied-de-nez à tous les détracteurs de notre pays, qui n’ont de cesse de dresser un tableau apocalyptique de notre système éducatif. L’enfant comorien n’aurait aucune chance d’étudier ni aucune perspective d’avenir si ses parents restent au pays. Pourtant lorsque l’on décortique les faits et les chiffres, loin des clichés et des idées reçus, on découvre une tout autre réalité.
À chaque rentrée des milliers de bacheliers viennent remplir les bancs déjà saturés de nos facultés. Sans parler les milliers d’autres ayant eu la possibilité de poursuivre leurs études à l’étranger. En 2016 il y avait 12 894 candidats au bac aux Comores. À titre de comparaison il y en avait 11 397 à la réunion. En 2015 sur la seule île de Ndzuani il y avait 4644 candidats au bac, à Mayotte il y en avait 3438. Si les Comores indépendantes arrivent à aligner plus de candidats que ces 2 territoires financés par la France, cela est dû en grande partie à la privatisation à outrance de notre enseignement. Les 104 lycées privés que compte notre pays permettent aux jeunes Comoriens d’accéder à une éducation à peu près correcte. C’est le seul aspect positif de ce phénomène inquiétant que nous dénonçons comme une entorse à l’égalité des chances.Il ne s’agit pas d’embellir les choses ni de cacher les tares de notre Éducation nationale. Si le taux de scolarisation des enfants en primaire dépasse les 95%, seulement 50 % d’entre eux atteignent le lycée, souvent faute de moyens financiers. Le retour d’un enseignement public gratuit et de qualité doit devenir l’une des priorités de l’état.
À ceux qui penseraient qu’il n’est question ici que du quantitatif au détriment du qualitatif, il suffira de regarder certains purs produits de l’éducation comorienne qui excellent hors de nos frontières, tels que l’écrivain Ali Zamir dont le roman « Anguille sous Roche  » aux Éditions le tripode, est l’une des curiosités de la rentrée littéraire en France, ou Mohamed Bajrafil docteur en linguistique, enseignant à l’université de Paris-XII, considéré comme un des plus brillants intellectuels musulmans.


Ces deux exemples ne sont pas anodins. Ils illustrent parfaitement l’autre problématique de l’enseignement comorien. Nous produisons trop d’intellectuels et pas assez d’ingénieurs et de techniciens. La faculté des Lettres et Sciences Humaines comptent 1837 étudiants tandis que l’Institut Universitaire de technologie n’en compte que 417. La faculté de Droit et des sciences économiques accueille 2588 personnes alors que l’École de Médecine et de Santé Publique n’en a que 250. Il va sans dire que de nouvelles orientations de l’enseignement supérieur sont nécessaires. Il nous faut promouvoir les sciences et les nouvelles techniques à fin de répondre aux besoins réels du pays, pour que l’université des Comores ne soit plus une usine à chômeurs.

Comores Développement 

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