Mali : les islamistes d’Ansar Dine et le MNLA contre une guerre africaine

12 novembre 2012

Mali : les islamistes d’Ansar Dine et le MNLA contre une guerre africaine

Des combattants islamistes d’Ansar Dine, en août 2012 à Kidal, dans le Nord Mali ©AFP

OUAGADOUGOU (AFP) – (AFP)

Ansar Dine,
l’un des groupes islamistes armés occupant le nord du
Mali, et la rébellion touareg du MNLA ont fermement
condamné lundi le choix fait par des dirigeants
africains d’envoyer 3.300 militaires dans ce pays pour
aider à rétablir l’unité du pays.

Un sommet de la la Communauté
économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest
(Cédéao) élargi à d’autres pays
africains a approuvé dimanche à Abuja un recours
à la force.Il a toutefois marqué une
préférence pour le dialogue, mais seulement avec
« les groupes armés non impliqués dans les
activités terroristes et criminelles » et
reconnaissant l’intégrité du Mali et le
caractère laïc de l’Etat.

« La décision des chefs d’Etat africains,
poussés par la France, constitue un mauvais choix et un
parti pris contre une partie des populations du Mali », a
déclaré Iyad Ag Ghaly, le chef d’Ansar Dine,
à l’agence de presse en ligne mauritanienne Sahara Médias.

Il a fustigé une « erreur historique » et
assuré qu’une guerre aurait des conséquences pour
« tous les peuples de la région ».

Mouvement surtout composé de Touareg maliens et
appliquant strictement la charia (loi islamique) dans les
zones sous son contrôle (amputations, lapidations,
coups de fouet), Ansar Dine s’est engagé dans des
négociations avec le président burkinabè
Blaise Compaoré, médiateur de la Cédéao.

Il avait
donné des gages juste avant le sommet en appelant au
dialogue avec les autres groupes armés et avec Bamako,
et en proclamant son rejet du « terrorisme ».Une
façon de prendre ses distances avec ses alliés
jihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et du
Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de
l’Ouest (Mujao).

Iyad Ag Ghaly a qualifié Ansar Dine de « mouvement
local qui n’est lié à Aqmi que par la relation de
musulman à musulman », mais a rejeté totalement
la possibilité pour son mouvement de renoncer à la charia.

Ses représentants à Ouagadougou ont repris lundi
leurs discussions avec la médiation burkinabè.

Commandement africain

Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA),
via ses responsables présents aussi à Ouagadougou,
a également affiché son opposition à une guerre.

Favorable à l’autodétermination dans le Nord malien
après avoir renoncé à ses projets
sécessionnistes, cette rébellion touareg est
laïque.Mais elle a été évincée sur
le terrain par les islamistes et est divisée sur
l’opportunité de l’usage de la force.

Dans les pays voisins, certains ont aussi fait entendre leur
voix pour mettre en garde contre une solution militaire.

Les voisins du Mali seraient victimes d’un « volcan aux
cendres incandescentes », a averti le président de
l’Assemblée nationale de Mauritanie, Messaoud Ould Boulkheir.

 Puissance régionale incontournable, l’Algérie
a tenu à souligner qu’une sortie de crise par le
dialogue reste « tout à fait possible ».

Les dirigeants africains ont approuvé l’envoi d’une force militaire
internationale de « 3.300 soldats » pour « un
an », jugeant le recours à la force
« indispensable contre les réseaux terroristes et de
criminalité transnationale ».

Ce plan doit être transmis, via l’Union africaine, avant
la fin novembre aux Nations unies, qui auront le dernier mot
et à qui la Cédéao renvoie la charge de
réunir le financement.

Les dirigeants des 15 pays membres de la Cédéao et
de quelques autres pays africains dont la Mauritanie, l’Algérie, l’Afrique
du Sud, le Maroc, le Tchad et la Libye, ont insisté sur
« le rôle de leadership de la Cédéao dans
le déploiement de la force internationale sous conduite africaine ».

Mais ce commandement africain pourrait provoquer des
grincements de dents du côté des autorités
maliennes, jalouses de leur souveraineté.

« Nous allons demander des éclaircissements », a
indiqué à l’AFP à Bamako une source proche du
ministère malien de la Défense, pour qui « il
n’a jamais été question que ce soient d’autres
(que le Mali) qui dirigent la force ».



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