Marseille : pour les Franco-Comoriens l’indignation ne suffit pas…

Ils manifestaient à la veille des élections, sous l’ombrière du Vieux-Port.

En cette veille d’élections, ils sont venus, ils étaient (presque) tous là : Jean-Marc Coppola (candidat PC dans la 7e circonscription des Bouches- du-Rhône), Sarah Soilihi (La France insoumise dans la 3e), Henri Jibrayel (PS dans la 7e), Sophie Camard (suppléante LFI dans la 4e), Solange Biaggi (LR dans la 4e), Patrick Mennucci (PS dans la 4e), sans oublier, évidemment, Jean-Luc Mélenchon (LFI dans la 4e), etc. Le kwassa-kwassa ramène du candidat.

« Aujourd’hui, la pêche est extraordinaire. On a pris des poissons de tous les bords politiques ! », ironisait Joséphine Issoufou. Cette jeune Marseillaise est à l’origine de l’appel à manifester organisé hier sous l’ombrière du Vieux-Port. Il y a quelques jours, Joséphine et quelques amis ont créé le collectif « Kwassa-kwassa », un mot qui a subitement surgi dans les médias français après la mauvaise blague d’Emmanuel Macron. « Le kwassa-kwassa ramène du Comorien », avait glissé le président de la République française, lors d’un déplacement en Bretagne. 
L’Élysée a reconnu depuis un « trait d’humour malheureux » ; mais les mots ont profondément blessé les Franco-Comoriens, si nombreux à Marseille qu’on appelle parfois la ville « la 5e île des Comores » (les chiffres évoqués vont de 80 à 130 000 personnes).
« Au-delà d’une plaisanterie honteuse et d’un humour douteux, le président de la République a sordidement comparé des hommes, des femmes et des enfants à du poisson repêché dans les eaux de l’océan Indien. En déshumanisant toute une population, il a signifié son mépris pour plus de 10 000 vies. 10 000 vies perdues entre les Anjouan et Mayotte », condamne le collectif Kwassa-kwassa.
C’est cette « indignation » que les Franco-Comoriens sont venus exprimer hier sur le Vieux-Port. Mais pas seulement. Avec beaucoup d’intelligence, le collectif entend rebondir sur cette blague douteuse pour enfin mettre en lumière le drame trop souvent oublié de ces traversées mortelles entre Anjouan et Mayotte. « Un dossier qui jusqu’à présent est resté au-dessous de la pile », constate Joséphine Issoufou, qui espère qu' »au-delà de la récupération électorale, des actes viendront ».

Avec un sujet que les Franco-Comoriens veulent aborder en urgence, celui du décret Balladur de 1993, « qui empêche les habitants des trois îles des Comores de voyager vers Mayotte, ce qui entraîne ces milliers de morts », résume Mohammed Itrisso, membre du collectif, qui souhaite que « les deux présidents (NDLR de la France et des Comores) prennent enfin leurs responsabilités ». Aux députés qui vont être élus, le collectif demande « de lancer une enquête parlementaire pour faire la lumière sur ce qui se passe exactement entre Anjouan et Mayotte ».
Mais hier, chez les candidats indignés par les paroles du Président, beaucoup de bonnes paroles, et bien peu de propositions sur le fond. « Quand Macron a tenu ces propos, ils nous a déshonorés, commentait Said, mais ces politiques qui se montrent aujourd’hui parce qu’ils nous prennent pour une machine électorale, c’est indigne ».
Sophie Manelli – LaProvence.com

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