Mayotte, un caillou dans la chaussure de la France ?

Après la Réunion, Manuel Valls, le Premier ministre est ce samedi sur l’île de Mayotte, devenue officiellement le 101ème département français en 2011. Quatre ans plus tard, quelle est la situation économique et sociale de cette petite île de 376 km2, perdue au milieu de l’océan indien ? Premier point, Mayotte est aujourd’hui le département le plus jeune de France. En 2012, une enquête de l’Insee révèle que la moitié de la population a moins de 17 ans et demi, contre 39 ans en France métropolitaine. Et six Mahorais sur dix ont moins de 25 ans. Les 60 ans et plus ne représentent, eux, que 4% de la population soit ‘six fois moins qu’en métropole (24%)’, relève l’Insee.

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3000 mineurs isolés à Mayotte
Une population très jeune donc, et souvent livrée à elle même. Mardi 9 juin, l’Unicef a publié un rapport alarmiste sur la situation des enfants en France. Le 101ème département inquiète le Fonds des Nations unies en France. Parmi les recommandations du rapport, l’Unicef demande à « faciliter et encourager la création d’établissements de l’Aide Sociale à l’Enfance ou habilités au titre de l’Aide Sociale à l’Enfance sur l’île de Mayotte afin de répondre en partie à la situation de détresse criante des enfants et adolescents isolés (…) ».

En avril 2013 déjà, le Défenseur des droits de l’époque Dominique Baudis, décédé depuis, s’inquiétait de la situation sur l’île, estimant que des mesures d’urgence devaient être adoptées pour la protection de l’enfance à Mayotte, en particulier pour les mineurs étrangers. A l’époque, le nombre de mineurs isolés étrangers était estimé à environ 3.000 (quand on en compte entre 4.000 et 8.000 en métropole), notait le rapport.

L’illettrisme prédomine dans la population
L’île accuse aussi un fort retard dans l’éducation. La maîtrise de la langue française est peu répandue : « Dans l’ensemble de la population en âge de travailler, soit 109.000 personnes âgées de 16 à 64 ans, 58% ne maîtrisent pas les compétences de base à l’écrit en langue français ». En 2012, trois Mahorais sur dix n’avaient jamais été scolarisés. Mais d’après l’Insee, ceux qui sont allés à l’école ne sont pas épargnés non plus, puisque 42% demeurent en grande difficulté à l’écrit.

Et par conséquent, l’accès à l’emploi est peu développé. En 2012, l’Insee notait que seulement un tiers de la population en âge de travailler occupait un emploi. « Mayotte est ainsi le territoire où le taux d’emploi est le plus bas de France avec 33,5% d’actifs occupés, contre 64% en France métropolitaine ». Mais sur l’île, les chiffres du chômage ne sont publiés qu’une seule fois par an. Et sont souvent faussés. Pour exemple, le bureau international du travail (BIT) -qui ne prend en compte que les demandeurs d’emplois « actifs »- notait que le taux de chômage atteignait 19,5%.

La France a aussi son « Lampedusa »
L’île, affectée par la question du chômage et des retards de développement, fait aussi face à des problèmes d’immigration clandestine.

Si Lampedusa fait régulièrement la une de l’actualité, l’océan indien a aussi son cimetière marin. Ces cercueils flottants, on les appelle les kwassa kwassa, des barques de fortune, utilisées par les passeurs de candidats à l’immigration clandestine entre Anjouan et Mayotte. A peine 70 kilomètres séparent les deux îles. En janvier 2015, quatre adultes et deux enfants ont péri dans un naufrage de kwassa kwassa. Si le nombre de victimes est difficilement chiffrable, les autorités comoriennes parlent d’au moins 12.000 morts en 20 ans.

Un rapport sénatorial de 2012 fait état de son côté d’un bilan entre 7.000 et 10.000 morts à Mayotte depuis 1995. Pour autant, les candidats à l’immigration sont toujours plus nombreux.  En 2014, d’après la préfecture de Mayotte, 19.991 reconduites à la frontière  ont été réalisées, soit 4.083 de plus qu’en 2013, et 597 embarcations interpellées. Et pour cause, la situation économique des Comores est précaire : 45% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et le pays se classe 160 sur 180 en termes d’indice de développement humain.

Mayotte, la Comorienne au destin français
Mais voilà, depuis 1993, les Comoriens doivent disposer d’un visa, plus connu sous le nom de Visa Balladur s’ils veulent se rendre dans le département français de Mayotte. Sauf que le prix et le nombre de documents exigés sont hors de portée. Résultat, ils tentent leur chance clandestinement.

Les quatre îles des Comores n’ont pas toutes eu le même destin. En 1974, Mayotte choisit de rester française, les trois autres Mohéli, Anjouan et la Grande Comore souhaitent devenir indépendantes. Le référendum est pris en compte île par île et alors que 96% des voix sont en faveur de l’indépendance, Mayotte choisit de rester française.

Sécurité sur l’île : les politiques mahorais demandent des mesures
Mais cette immigration est aussi source de tensions sur l’île. Sur l’antenne de l’émission Opinions 1ères sur Radio Outre-Mer 1ère (France Télévisions), le sénateur socialiste Thani Mahomed Soilihi, élu en 2011, déclare qu’il attend de Manuel Valls,  des  » mesures » pour éradiquer « le fléau de l’immigration clandestine ».

Interrogé sur la présence de cellules de recrutement au djihad sur l’île, le sénateur note qu’il « serait utopique de penser que Mayotte est épargnée », et reconnaît que l’île est « l’un des terreaux fertiles pour ses extrémistes ». Mais pour le sénateur, la tentation du djihad est plus un problème de « désœuvrement social » qu’une question religieuse sur une île où la  population est à 95% musulmane.

Un tiers de la population de l’île sans papiers
Au 1er janvier 2013, l’île comptait 214.700 habitants d’après l’Insee. Le Sénat rapporte que la population immigrée clandestine à Mayotte pourrait s’élever entre 50.000 et 60.000 personnes, dont 90% d’origine comorienne, soit environ un tiers de la population officielle de Mayotte.

En plus d’être un département, l’île est aussi devenue la neuvième région ultrapériphérique de l’Union Européenne le 1er janvier 2014. Dans la foulée, Thierry Repentin, ministre délégué aux Affaires Européennes, avait annoncé une enveloppe de 340 millions d’euros de financements européens pour la période 2014-2020 pour assurer le développement socio-économique de l’île.

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