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Mouigni Baraka, président du CNT «Notre combat c’est contre la mauvaise gestion du pouvoir»

Entre la tenue prochaine des élections législatives et communales en janvier et février et la visite de Salim Saandi au chef
de l’Etat, plusieurs faits se sont produits sur la scène politique. Le
chef du Conseil National de Transition (CNT, opposition), Mouigni Baraka Said Soilihi a décidé de faire valoir son point de vue, qui semble-t-il est celui du CNT et de l’Union de l’Opposition. L’ancien gouverneur de Ngazidja réaffirme leur position catégorique, l’opposition ne compte pas
participer aux législatives avant la tenue d’un dialogue sous la
houlette de la communauté internationale. Interview.

Question : Vous avez, lors
d’une conférence de presse à Mkazi, posé des conditions au gouvernement pour participer aux élections de janvier et février prochain. En réponse, le porte-parole du gouvernement avait dit devant la presse que
le mandat des membres de la CENI était jusqu’en 2020 mais s’il faut les
changer, on le ferra mais avec des discussions. Que répondez-vous ?

Mouigni Baraka Said Soilihi : Nous avons publié le 7 octobre dernier une déclaration de toutes les composantes de l’Opposition allant du CNT à l’Union de l’Opposition, le FIDA, le
mouvement du 17 février, élaborée pendant une période d’un mois. Toutes les instances et personnalités de l’opposition y ont contribué. Cette
déclaration porte sur cinq points notamment le respect de l’article 66
de la constitution d’Azali Assoumani stipulant qu’il doit y avoir des
élus issus des Îles et des élus de la diaspora. C’est ce qui est prévu
par les textes et nous exigeons que cela soit respecté car c’est eux qui
ont fait voter cette constitution. Pour ce qui est de la CENI, nous
savons et avons vu comment elle fonctionne. Nous étions tous témoins de ce qui s’est passé lors des élections de mars et avril 2019. Tout le
monde est au courant des actes de Djaza et les siens. Nous avons été
témoins des pratiques des dernières élections, bourrage et cassage
d’urnes, trucage de procès-verbaux et autres. Nous n’avons pas confiance
en ces personnes. Comme pour la Cour, la CENI n’est pas crédible. Je ne
peux que saluer ces propos de Msaidié car cela prouve leur volonté de respecter nos demandes. Je me souviens aussi qu’en conférence de presse, Azali Assoumani a aussi affirmé cela en annonçant que les conditions sur les choix des membres de la CENI doivent être revues et j’espère qu’ils sont sincères. Cela prouve que nous ne nous sommes pas trompés sur la crédibilité de cette institution. Nous n’avons pas confiance au discours d’Azali, c’est pourquoi nous exigeons la présence de la Communauté Internationale dans le dialogue et demandons la transparence dans les prochaines élections. Et à défaut du respect de nos exigences, Azali peut nommer ses députés comme il l’a fait avec les gouverneurs et sa présidence.

Question : Le dépôt des candidatures a été ouvert il y’a
quelques jours pour les législatives et les communales par la CENI.
Y’aura-t-il revirement de la part du CNT ou de l’Union de l’Opposition ?

MBSS : Moi je reste fidèle à la déclaration du 7 Octobre dernier. Et sur le dernier alinéa de notre déclaration, il est écrit que notre position pourrait être changée si les conditions sont remplies en bonne et due forme. On ne peut pas se désolidariser de notre déclaration. Ce n’est pas que nous avons peur d’y participer comme le font comprendre certains mais juste que nous ne voulons pas que ce qui c’est passé en mars et avril se reproduise encore cette fois-ci.. Nous n’avons pas peur parce qu’on sait que le peuple est derrière nous. Nous avons appris les leçons et nous ne retomberons pas dans le piège.

Question : Lors du congrès de la CRC, Azali Assoumani a
dit être ouvert au dialogue avec l’opposition et non le CNT, dont vous êtes le président, car il dit ne pas le reconnaitre. Quelle est votre
réponse aux propos du président de la République ?

MBSS : Je n’ai jamais demandé sa reconnaissance mais celle du peuple. S’il ne me reconnait pas, moi aussi je ne le reconnais pas. Mais la question est s’il ne me reconnait pas, pourra-t-il dire qu’il ne m’a pas volé les élections du 24 mars dernier ? Azali Assoumani a été président pendant 7 ans, il m’a battu en 2016. Et en 2019, il a fait un hold-up électoral, donc pour moi, il n’est pas président.
Maintenant, il est temps de trouver un terrain d’entente pour installer
la stabilité dans nos îles. Et deux solutions s’imposent. D’abord le
choix du dialogue ou sa démission, parce qu’il est le seul problème du
pays. Mon combat n’est pas d’être président impérativement mais d’avoir à la tête de notre pays une personne élu démocratiquement par le peuple.
En réalité, le pays est bloqué. Je suis conscient que nous sommes tous
perdants. Notre combat face à ce régime est politique, contre la
mauvaise gouvernance et la gestion du pouvoir.

« Ce que je peux dire c’est qu’il a changé de camp. Cela fait un temps qu’il a quitté le navire ».

Question : Un des membres de l’Union de l’Opposition et membre du CNT en la personne de Salim Saandi a été reçu par le Chef de l’Etat. Qu’est-ce que cela signifie aux yeux de l’UO et du CNT ?

MBSS : D’abord il faut se demander s’il a compris ce qui s’est passé le 24 mars parce que je l’ai entendu dire Monsieur le Président et dans ce cas, cela veut dire qu’il a reconnu l’élection d’Azali pourtant cela n’entre pas dans notre combat. De plus, il est à rappeler que cela fait un bon moment qu’il n’est plus avec nous (Ndlr :
CNT). On a travaillé ensemble qu’au bout de deux mois et depuis on ne
l’a pas revu. Il est venu faire des propositions sans savoir que le CNT
en a fait. Je me demande pourquoi il ne nous les a pas présentées pour
en discuter comme cela a été le cas avec ce que nous avons fait. Ce que
je peux dire, c’est qu’il a changé de camp. Cela fait un temps qu’il a
quitté le navire.

Question : Dans une interview qu’il a accordée à l’ORTC,
il a dit que « les membres du CNT sont aussi des dictateurs car les
décisions sont prises par une seule personne ». Comment jugez-vous son intervention ?

MBSS : Il doit alors donner le sens du terme dictature parce que je ne peux pas dire qu’Azali ne fait pas de la
dictature alors qu’on voit les emprisonnements, à l’exemple de Saleh, le non respect de la liberté de manifester et autres. Là on peut dire
qu’il se trompe sur le cas du CNT car toutes les décisions sont prises à
l’unanimité. Toutes les décisions que je prends, je demande l’avis des
autres membres.

Question : Salim Saandi se dit-être d’une Opposition
« constructive ». Qu’est-ce qui différencie son parti des autres
groupements de l’Opposition ?

MBSS : Il faut aller lui demander. C’est lui qui connait ce que c’est l’opposition constructive et son inverse. En tout cas moi je suis dans une opposition qui espère apporter des bonnes solutions politiques et pense au bien être du peuple. Je ne suis pas dans une opposition qui détruit ou qui installe la peur. L’exemple c’est que notre déclaration est une déclaration de proposition et non de guerre.

Question : Votre dernier mot ?

MBSS : J’espère que l’esprit du dialogue va prôner sur le peuple des Comores. Que ceux qui sont à la tête du pays comprennent que ce n’est pas de cette manière que le pays va prospéreret qu’on revienne dans une démarche démocratique dans lequel le pays évoluait depuis l’ère Djohar jusqu’à la mise en place de la tournante.
Que le pays retrouve le calme, la paix et la stabilité.

Propos recueillis par A.O Yazid / LGDC

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