Mozambique : l’ex-commandant de la guérilla menace de reprendre les armes

12 novembre 2012

Mozambique : l’ex-commandant de la guérilla menace de reprendre les armes

L’ex-commandant de la guérilla mozambicaine Afonso Dhlakama, le 28 octobre 2009 à Maputo ©AFP

GORONGOSA (Mozambique) (AFP) – (AFP)

L’ex-commandant de la guérilla mozambicaine Afonso
Dhlakama, a menacé lundi de reprendre les armes pour se
faire entendre du Frelimo au pouvoir, l’accusant d’accaparer
toutes les richesses du pays, dans une interview exclusive
à l’AFP.

« J’entraîne des hommes et s’il le faut, nous
sortirons d’ici et nous détruirons le Mozambique »,
a déclaré Afonso Dhlakama, ancien chef de la
Résistance nationale mozambicaine (Renamo), l’ancienne guérilla.

L’ex-commandant est retranché depuis octobre avec
plusieurs centaines d’hommes près du massif de
Gorongosa (centre), à plus de mille kilomètres de
la capitale Maputo mais non loin d’une ancienne base
utilisée par la Renamo durant les 16 années de
guerre civile qui ensanglanta le Mozambique jusqu’en 1992,
faisant un million de morts.

Devenue principal parti d’opposition, la Renamo siège au
Parlement mais elle compte seulement 51 élus sur 250 et
est en perte de vitesse.

L’ex-commandant, âgé de 62 ans, est lui-même
démobilisé de longue date, et il est difficile
d’évaluer quelle suite il compte donner à ses menaces.

Mais l’ancien vétéran entré en rébellion
insiste sur le fait qu’après 20 ans de
« patience », la Renamo en a ras-le-bol d’un
gouvernement « kleptocrate ».

« S’il le faut, nous pouvons revenir en arrière.Je
préfère vivre dans un pays pauvre, que d’avoir des
gens qui bouffent la gamelle », dit-il.

« Nous voulons dire à Guebuza (Armando Guebuza, le
président du Mozambique).Tu manges bien.Nous aussi,
nous voulons bien manger », dit-il.

Le Mozambique a fêté le 4 octobre le 20ème
anniversaire de l’accord de Rome qui a ramené la paix
après une guerre civile qui fut parmi les plus brutales
du continent, et largement alimentée par la guerre froide.

Fortement appauvri durant la guerre civile, cette ancienne
colonie portugaise est actuellement l’une des économies
du monde en plus forte croissance, grâce notamment
à la découverte de gisements de charbon et d’hydrocarbures.

Les avions militaires qui sillonnaient le ciel jusqu’en 1992,
ont fait place à des jets privés acheminant hommes
d’affaires, techniciens et ingénieurs.

La seule escarmouche notable s’est produite en mars dernier
quand la police a effectué une descente près du QG
de l’ancien commandant à Nampula, une grande ville du
nord du Mozambique, faisant deux morts.

Depuis, le vétéran est braqué.Il veut une
refonte du système électoral pour prévenir
les fraudes, un meilleur partage des royalties du charbon et
des gisements de gaz off-shore.

Il veut aussi l’incorporation de davantage d’anciens de la
Renamo dans l’armée et la fin des discriminations dont
ces derniers se disent victimes.

A l’ombre du mont Gorongosa, c’est une petite troupe
d’anciens compagnons d’arme d’aspect plutôt disparate
qu’il a rassemblée.Equipés de fusils AK-47, ils
s’exercent au maniement des armes, réalisent des
manoeuvres d’entraînement, tout en assurant la garde
rapprochée de leur chef.

« On doit attendre un peu, le moment où on pourra
finir ce qu’on a commencé », explique Amindo Milako,
qui a combattu adolescent dans la guerre civile.

« M.Dhlakama a le numéro de téléphone du
président de la République, pourquoi ne
l’utilise-t-il pas ? », s’étonne Damiao Jose, un
porte-parole du Frelimo, le parti au pouvoir. »Quand il
circule ainsi avec des hommes armés, ça intimide
les gens, pas seulement les fermiers mais également les investisseurs ».

Dhlakama, qui a déjà rencontré le chef de
l’Etat cette année, refuse désormais tout
face-à-face et demande à la Communauté de
développement de l’Afrique australe (SADC) d’intervenir.

« Je suis pas un gamin qu’on peut berner.Il (M.Guebuza)
veut venir pour faire de l’affichage et que le monde puisse
dire +ils se sont rencontrés, le problème est
résolu+ », dit-il. »Ca ne peut pas continuer
comme ça.Nous envisageons de demander la partition du
pays.Le Frelimo aurait le sud, et nous le centre et le nord ».

Un coup de gueule sans lendemain, estime Joseph Hanlon, un
analyste basé à Londres et bon connaisseur du
pays. »L’échec de Dhlakama c’est qu’il n’a jamais
réussi à organiser un parti politique et n’est
jamais parvenu à mobiliser les électeurs.Il n’a
plus de pouvoir, et il n’a plus de base ».

Dhlakama assure : « Mon ambition est de faire le
ménage politiquement.Ensuite je pourrai mourir en paix ».



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