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« Nous n’avons pas l’impression que tout a été fait pour sauver Sarah »

Depuis le 11 août dernier, jour du décès de notre tante Sarah, nous nous posons des questions. Nous nous efforcons de nous dire qu’elle est heureuse, qu’elle est partie sans ( trop de) souffrance. Mais nous ne pouvons nous empêcher de nous poser des questions..

Notre tante a fait un malaise jeudi. A quelle heure, personne ne le sait. Nous l’avons trouvée à peine consciente à 07h00 du matin. Évidemment, ici pas de Samu à appeler. Nous l’avons soulevée, mise dans une voiture, avec tous les risques que cela suppose, en roulant à tombeau ouvert pour El-Maarouf. Là, on la ramène aux Urgences. Assez vite, le personnel nous fait savoir qu’elle a fait une hyperglycémie. Ce qui nous a un peu soulagés parce que sa bouche était crispée. Tordue, signe pour les profanes que nous sommes d’un probable Avc. A ce moment-là, elle réagissait quand on lui parlait. Elle avait encore les yeux entrouverts, elle hochait parfois la tête.

Le médecin qui se trouvait aux Urgences était franchement méprisant. C’est ce que nous avons ressenti. Il donnait très peu d’explications, répondait à peine à nos questions.

Près de 3 heures après son admission aux urgences, un praticien ( un autre, pas le méprisant) nous dit que  » cliniquement, elle présentait les signes d’un Avc ». Mais pour poser le diagnostic, il fallait lui faire faire un scanner. Problème, pas de scanner à El-Maarouf. Il faut se déplacer pour aller chez le docteur Soimihi, à côté de la Meck. Problème, notre tante devait, selon les dires des urgentistes être sous assistance respiratoire. Problème, « El-Maarouf ne dispose pas d’ambulance mais de bus » pour reprendre les termes d’une infirmière.

Comment faire alors? Il faut contacter la Santé Militaire. Ce que nous faisons. L’ambulance arrive. Problème, elle ne dispose pas d’oxygène. Comment faire alors? Il faut contacter le Cosep. Ce que nous faisons. Leur ambulance est bien pourvue d’oxygène. On la fait partir ? Il y a un autre problème. Lequel? Le pouls de ma tante est trop faible pour qu’elle puisse être transportée chez Soimihi pour le scanner. Nous pourrions la perdre si elle effectuait le trajet..

Que fait-on alors?  » Elle doit être admise au service de réanimation à ‘Dubaï’ afin qu’elle soit stabilisée ». Il était entre midi et treize heures. Ma tante a été admise à 07h00 du matin.

Elle est donc envoyée en réa. Elle y est restée jusqu’à 16h30, heure à laquelle elle est partie faire son scanner chez Soimihi.

10 heures se sont écoulées avant que ne soit posé un diagnostic. 10 longues heures. L’Avc est confirmé. Ischémique et pas hémorragique. Les médecins nous disent que le pire est l’Avc hémorragique. Dans le cas de notre tante,ça n’a pas changé grand-chose.

Nous nous sommes dit , cela veut dire que depuis son admission aux Urgences aux premières heures du jour jusqu’en début de soirée, ma tante ne s’est pas fait administrer de traitements puisqu’il fallait auparavant pouvoir confirmer l’Avc et confirmer de quel type il s’agissait ( peut-être que nous nous trompons). Sachant que selon tout ce qu’on a lu, il faut faire vite, très vite pour limiter les séquelles.

Nous nous sommes dit mais heureusement que nous connaissions du monde, que nous pouvions débloquer des situations comme celle relative à l’ambulance. Mais nous nous sommes demandés comment faisaient les autres, ceux qui ne connaissent personne? Ceux qui n’ont aucun contact téléphonique de ces  » hautes autorités  » ? Qui ne connaissent personne à la Santé militaire et au Cosep? Comment font ceux qui ne peuvent pas se payer un scanner?

Nous nous sommes demandés comment l’Etat pouvait à ce point faillir à ses devoirs, au point de ne pas disposer de Centre d’imagerie au sein de l’hôpital de référence ? Comment un particulier a-t-il pu s’en procurer et pas l’Etat comorien?

Nous nous sommes demandés mais pourquoi les autorités sanitaires de ce pays, à défaut de pouvoir se payer un scanner ne fournissaient pas un local à Soimihi dans l’enceinte d’El-Maarouf afin que les patients n’aient pas à prendre de risque en déplaçant jusqu’à la Corniche?

Nous nous sommes dit enfin que les cas d’Avc se multiplient. Nous connaissons tous plusieurs personnes qui ont fait un Accident vasculaire cérébral. Tous. Mais à El-Maarouf, nous n’avons pas eu l’impression que le personnel a eu les bons gestes. Ou même acquis des réflexes face à cette maladie qu’il rencontre tous les jours. C’est une impression. Persistante mais une impression quand même.

Notre tante Sarah est morte, on n’y peut rien. C’était une belle personne. C’était quelqu’un de bien. La vie l’a un peu secouée et c’est peut-être pour cela qu’elle était aussi belle de l’intérieur. Elle devait vivre plus. Et nous n’avons pas l’impression que tout a été entrepris afin de la sauver. Nous n’avons absolument pas cette impression..

Faïza Soulé Youssouf

1 commentaire sur « Nous n’avons pas l’impression que tout a été fait pour sauver Sarah »

  1. Oh la la quel scandale?
    A quoi ça sert d’avoir un président je veux dire des dirigeants des responsables,ils ne valent rien rien du tout.pourquoi on a pris l’indépendance Mayotte a raison non?.ils n’ont pas honte ces monsieurs présidents,députés ,ministres,directeurs ils font quoi dans ce pays ?ils servent a quoi dans ce pays?Mayotte avait raison non?parfois on se demande si les gens qui nous dirigent méritent vraiment ce quoi le diplôme d’azali,de houmadi msaidie…… et les autres ?arrêtons un peu pensons aux milliers de personnes qui souffrent,qui se désespèrent qui voguent pour trouver des négoces.mais bon on aime être maltraite

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