POLE CHEIKH KHALIFA BEN ZAYI D’EL-MAAROUF : Le difficile pari de la qualité

Mohamed_coordinateur_soinsReportage. Le tout nouveau service d’El-Maarouf ne se porte pas aussi mal que ça. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des choses qu’il faut revoir dans l’urgence si l’on veut pouvoir assurer la pérennité de la qualité des soins proposés depuis, maintenant, six mois.

Six mois après son entrée en service, le 1er juillet de l’année dernière, l’ensemble Bloc opératoire et service de réanimation Cheikh Khalifa ben Zayid d’El-Maarouf semble vouloir mettre toutes les chances de son côté pour gagner son pari de la qualité des soins offerts. Pour l’heure, seul le service de réanimation et éveil est opérationnel à cause du déficit énergétique dû à la grave crise de l’énergie actuelle sur l’ensemble du territoire avec, notamment, la fourniture rationnée et plus qu’aléatoire de l’électricité par la société publique Madji na mwendje. D’autant plus que le puissant groupe électrogène qui devait permettre au service de fonctionner de manière autonome s’est révélé défaillant avant même son entrée en service. Dans ces conditions, l’hôpital n’a pas voulu «prendre le risque» d’offrir des services qui pourraient se révéler incertains pour les patients. «Nous attendons patiemment que les déficiences en énergie soient résorbées, avec notamment l’aboutissement des efforts entrepris pour réparer le groupe, avant de démarrer l’activité au bloc opératoire», confie le coordinateur des soins, Mohamed Saïd.

La «force» du nouveau service résiderait dans l’accueil des patients. Contrairement à ce qui avait toujours court à l’hôpital El-Maarouf, dans ce nouvel ensemble Bloc opératoire et service de réanimation, on ne demande rien au malade à l’entrée. «Le service prend tout, tout de suite à sa charge», y précise-t-on. Cela va des équipements utilisés aux molécules, en passant par les consommables, les bilans recommandés, l’alimentation, la lingerie, la garde, etc.

Tout cela pour un prix forfaitaire quotidien de 86.200 francs payable au moment de quitter le service. On se souvient du tollé que ce chiffre, presque unanimement qualifié d’exorbitant, avait soulevé dans l’opinion et par réseaux sociaux interposés au moment où il a été rendu public.

En fait, si l’on en croit des simulations réalisées par les financiers de l’établissement hospitalier de référence à la demande de son directeur général, Soudjay Mohamed, ce coût serait, «en réalité» bien plus bas et, en tout cas, en nette baisse pas rapport à ce que les patients devaient débourser effectivement auparavant. «Il ne faut pas oublier qu’auparavant le malade devait se démener seul pour payer tout ce qui était indispensable avant ou, au plus tard, pendant son admission», rappelle, avec insistance, le coordinateur des soins. Cela «sans compter les difficultés réelles qu’il y avait, pour les proches du patient, à se procurer une liste souvent longue de choses de toute nature», admettent des proches de personnes admises en soins intensifs que nous avons rencontrés dans la salle d’attente du tout nouveau service.

Avec ces calculs, on était arrivé à un coût «d’au moins 134.000 francs». C’est le Conseil d’administration de l’établissement public, souverain en matière de fixation des prix, qui, faisant valoir le «faible pouvoir d’achat et les difficultés conjoncturelles auxquelles doit faire face la population», a retenu le chiffre actuel qui serait bien en deçà du coût effectif des prestations fournies, selon des agents.

Par ailleurs, si l’on en croit la plupart de nos interlocuteurs parmi lesquels le coordinateur des soins, ce coût comparé à la qualité des prestations offertes rencontre très peu d’opposition parmi les personnes qui ont fréquenté le service. Dans leur écrasante majorité, les malades et leurs familles qui sont passés par la douzaine de poste du service de réanimation et le compartiment d’éveil se seraient estimés «satisfaits» de la qualité de la prise en charge même si nombre d’entre eux soutiennent, parallèlement, que «le commun des Comoriens aura beaucoup de mal à se payer cette qualité souhaitée» de la prise en charge.

A ce propos, selon le rapport semestriel qui doit être, incessamment, remis aux plus hautes autorités sanitaires, au 31 décembre, 10% des personnes admises en réanimations se sont révélées incapables de payer la facture qui leur a été remise à la sortie de l’établissement. De l’avis du très jeune coordinateur des soins, il s’agirait de véritables «indigents» et de «personnes réellement dans l’impossibilité matérielle de s’en acquitter». Pour cette catégorie de nos concitoyens, il se pose un réel problème, dans la mesure où «il n’est pas question pour nous de refuser, pour cause d’incapacité de payement, des soins à un malade qui a besoin de nos services», martèle-t-il.

Ce qui semble acquis, c’est que les effets de ladite qualité des soins sont en train de se faire sentir «très nettement». En effet, selon les statistiques rendues publiques par la direction de l’établissement, le nombre de décès au service de réanimation est en nette baisse depuis l’entrée en service de ce nouveau pôle.

Alors qu’on a enregistré entre vingt-trois et vingt-quatre décès au cours de chacun des trois semestres précédant, avec l’entrée en service de l’actuel dispositif d’accueil en réanimation, ce chiffre est tombé à dix entre juillet et décembre dernier. «Si ces statistiques devaient s’inscrire dans la durée, cela ferait autour de treize vies sauvées tous les six mois», lance le directeur général.

Ces chiffres, annoncés la semaine dernière, confortent le personnel dans la nécessité de tout faire pour garantir une bonne qualité de la prise en charge. Pour ce faire, la direction générale de l’hôpital est en train de réfléchir sur les moyens à mettre en œuvre pour permettre au principal centre hospitalier public du pays, d’une part, de continuer à offrir des soins de qualité à tous, tout en s’assurant de son existence et de sa pérennité.

Les réflexions portent, entre autres, sur la possibilité pour l’Etat de supporter une partie des soins en urgence et réanimation, en subventionnant, d’une manière ou d’une autre, ces activités au profit des patients. Diverses pistes ont été explorées et «un rapport en bonne et due forme sur ce problème urgent» devrait être, bientôt, remis au ministère de tutelle, selon le directeur général. «Dans l’espoir qu’à ce niveau tout sera fait pour faire en sorte que l’hôpital comorien redevienne ce lieu où l’on vient pour sauver des vies», devait-il conclure.

Madjuwani . Alwatwan

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