Pourquoi supprimer la tournante ?

Dans le débat qui se fait jour concernant la tournante instituée par la Constitution comorienne de 2011, il est légitime et à raison de s’interroger sur l’opportunité de cette question à un moment où le gouvernement en place se contente de solutions à la marge pour noyer à dessein les vraies difficultés du pays. Ô vous me direz que dans le pays de l’obscurité, il y a l’électricité maintenant, et ce au 21ème siècle.

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Vous me direz aussi que les autres ne l’ont pas fait avant Azali. Soit. Vous me direz également que les choses ont changé en si peu de temps. Certes, mais il faut dire aussi au peuple comorien que ce que fait le gouvernement Azali n’est en rien une faveur pour le peuple comorien. Il est élu justement pour être au service de ce peuple comorien, ni plus ni moins. Je crois que nombre d’observateurs de la vie politique de ce pays connaissent les motivations de ceux qui sortent ce serpent de mer aujourd’hui. Il n’y a ni plus ni moins que la volonté de conserver le pouvoir. Que cela soulève des mouvements de contestations au mieux, séparatistes au pire, ou autre…. c’est le cadet de leurs soucis. Car si bien que la tournante contienne en elle les germes de sa propre destruction et avec elle la disparition de l’unité nationale, elle a permis la stabilité, même fragile, de l’Etat.
Le souci, comme le disait un ancien chef d’Etat africain, Phélix Houphouet Boigny, « Les Africains, les Comoriens compris, ont hérité d’Etat lors de leurs indépendances, mais ils se sont employés, et continuent de le faire pour construire leur nation », je dirais leur unité nationale, dans les deux acceptions que recouvrent cette dernière notion : la nation objective (le sang, l’histoire, la religion…) ou conception allemande et subjective (la volonté de vivre ensemble ou la conception française soutenue par Ernest Renan). C’est donc une tâche ardue que de vouloir, à la différence des Etats-nations européennes, constituer des nations africaines dans la mesure où les Etats d’Afrique sont constitués de populations traversées par nombres d’ethnies, de tribus… Heureusement, pour ce qui est des Comores, cela n’est absolument pas le cas, mais on voit bien qu’il est difficile depuis l’indépendance de ce pays, de se retrouver au tour de cette nation une et indivisible. 
Heureusement encore, le droit international, vient toujours, au secours de ce petit Etat à chaque fois que le problème se pose : séparatisme anjouanais, mohélien… A mon sens, la tournante n’est pas en soit la cause des problèmes du pays, c’est plus la mauvaise gouvernance qui induit et distille petit à petit cette peste lente, cette indifférence de la population par rapport à la Nation comorienne. Vous me direz que tout le monde est fier d’être comorien, vous savez plus que moi que les patriotes ne sont pas légion. Il suffit de voir l’état dans lequel le pays se trouve plongé depuis son accession à la souveraineté internationale. 
Alors ceux qui ont un peu cette fibre patriotique, soulevez-vous contre cette idée de revoir la tournante, elle risque de mettre à feu et à sang ce pays tant meurtri. Soulevez-vous pour dire à Azali de ne pas toucher à cette idée qui finalement est structurante et fédère les uns et les autres. Il est bien sûr évident, qu’il faudrait modifier cette histoire, cette incongruité qui consiste à avoir trois candidats au second tour de l’élection présidentielle. Avec ce qui s’est passé aux dernières élections, une modification de l’article 13 de la Constitution serait souhaitable. 

En effet, il me semble judicieux de réduire au nombre de deux candidats arrivés en tête à l’élection primaire insulaire pour concourir au suffrages de la nation au deuxième tour d’élection. Cela permettrait d’éviter d’élire un Président minoritaire en terme de suffrages exprimés. La règle de la majorité absolue serait introduite pour éviter la cacophonie. Cela aura aussi comme conséquence de donner au Président élus une forte légitimité populaire. 

Et par ricochet, une Assemblée parlementaire qui lui assurerait aussi une majorité lui permettant de mettre en place son programme… Encore faudra-t-il que cette Assemblée – représentant de la Nation – ne soit pas une chambre d’enregistrement de la volonté du chef de L’Etat. Mais qu’il s’agisse d’une Assemblée qui soit à même de contrôler l’action du gouvernement pour l’intérêt supérieur du peuple. 
En définitif, il serait hautement dangereux de vouloir supprimer cette tournante en ce moment crucial de la vie politique du pays. Le gouvernement actuel aurait plutôt intérêt à s’occuper des problèmes existentiels des Comoriens au lieu d’en créer d’autres qui auraient des conséquences difficilement maitrisables.

Ali Abdallah Ahmed, Docteur en Droit public

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