Privatisation de Comores Telecom : Les raisons du gouvernement pour une ouverture du capital

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Pourquoi les promoteurs du projet de privatisation de Comores Telecom dénigre, avec une certaine dose de cynisme, la gestion de l’opérateur tout en voulant le vendre à prix d’or ? La question s’était imposée au débat sur l’ouverture du capital de l’opérateur historique comorien des télécommunications, organisé dans le cadre du dernier salon des Tic, réussissant les principaux acteurs dans ce dossier, au palais du peuple de Hamramba.

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En attendant le document qui devrait présenter, pour la première fois et d’une façon très officielle, les “arguments” du gouvernement sur l’ouverture du capital de l’opérateur public, Comores Telecom, et expliquer le “bien-fondé” de ce processus en cours, une sorte de riposte au camp d’en face réunissant les opposants de la privatisation, nous nous sommes procurés des premiers éléments de cet argumentaire, déjà développés dans une “Note de présentation en Conseil des ministres”, en date du mois d’août dernier.

Nulle part, dans ce document, n’est évoqué que l’ouverture du capital de l’opérateur public fait partie des clauses de l’accord triennal de Facilité élargie de crédit (Fec), signé en juin 2009 entre le conseil d’administration du Fmi et les autorités comoriennes. Et que l’appel à manifestation d’intérêt, qui devrait se faire avant décembre prochain, sur cette opération de privation constitue un des déclencheurs du Point d’achèvement de l’Initiative pays pauvres très endettés du Fmi, attendu pour ce même mois de décembre.

Une étape dont l’accession pourrait permettre à l’effacement “intégral” et “irrévocable“ de la dette extérieur du pays, évaluée à hauteur de 94 milliards de francs. Ce qui constituerait, aux yeux de ceux qui battent en brèche le processus, que la privatisation est une idée imposée et non réfléchie à la lumière des intérêts du pays. Dans ce document, intitulé “Argument en faveur de la privatisation de Comores Telecom” et présenté par la vice-présidence en charge du ministère des Finances publiques, il est montré du doigt, en premier lieu, la gestion de la société. Une gestion qui, selon la vice-présidence en charge des Finances, montrerait que la logique de rentabilité n’a pas été le souci majeur de l’opérateur historique.

Sur ce point, la note dénonce une qualité de services médiocre ; une absence de fonds propres pour financer les investissements ; et des constructions de centres commerciaux dans les villages sans aucune étude de rentabilité. Rappelons qu’en matière d’investissements, plus de 20 milliards de francs de fonds propres ont déjà été consentis par l’opérateur pour se relier au câble sous-marin “Eassy”. Comores Telecom s’est aussi engagée sur un autre investissement lourd de près de 3,9 milliards de francs dans l’acquisition de la technologie de troisième génération du réseau Gsm (3G) avant la fin de cette année.

Il y a eu, avant cela, le réseau mobile Gsm et le réseau sans fil Cdma. La société nationale a également entamé des négociations avec l’opérateur malgache Telma pour la mise en place d’un réseau en fibre optique sous-marin, connu sous le nom de “Fly”, reliant Moroni, Mamudzu et Majunga.

Le coût total de ce projet serait évalué à 18 millions d’euros. Dans la suite de son argumentaire, les autorités comoriennes ciblent, en second lieu, les recrutements “abusifs“, en place chez l’opérateur depuis plusieurs années : “au mois de mai, il y avait environs 1.200 employés. Si on compare le critère de comparaison de la rentabilité d’un employé par nombre d’abonnés, sur treize pays africains étudiés, on obtient une moyenne d’environ un employé pour 4.000 abonnés et pour Comores Telecom, on trouve pour 280 abonnés”, pouvait-on lire dans ces notes. Ce qui traduirait, poursuivent toujours ces notes, un sureffectif évident pour un nombre d’employé qui devrait se trouver autour de 450. La vice-présidence a expliqué, dans ce document à l’intention du Conseil des ministres, qu’il ne s’agit pas dans les faits d’une privatisation à “100%”, mais d’une ouverture du capital à 51%.

Concernant le monopole privé, il est expliqué qu’il ne sera que temporaire et qu’il sera limité jusqu’à la mise en service d’une deuxième licence Gsm (réseau cellulaire mobile, Ndlr) pour “ouvrir le secteur à la concurrence.” Des études réalisées, citées dans ce document, auraient montré que si une licence est lancée avant l’ouverture du capital, Comores Telecom ne tiendrait pas le coup. Quelles sont les avantages des services attendus de la privatisation ? Formule, sous forme de question, la note pour expliquer les retombés que l’on pourrait attendre de l’ouverture du capital de Comores Telecom.

Parmi les avantages mis en avant, la baisse du prix des communications ; la possibilité de recevoir les mails et naviguer sur internet à partir du téléphone portable ( Gprs/Edge, offre Blackberry, 3G+ ou même 4G) (sic) ; la possibilité du mobile Banking, un transfert d’argent via le téléphone portable, un service déjà exploité à Madagascar (Nvoula) et Kenya (Mpessa). Enfin, il est présenté comme avantage de l’opération de privation, la disponibilité des offres triples Play, réunissant télévision, téléphone et internet. Selon le ministère des Finances, Comores Telecom n’aurait pas les moyens de réaliser ces investissements en raison de sa mauvaise rentabilité.

Une rentabilité qui serait dégradé par rapport aux standards de la région. Et ceci, malgré une situation financière que le ministère a jugée de “satisfaisante”. Au fil de la lecture de ces Note de quatre pages, mises à l’approbation du Conseil des ministres, les autorités financières du pays montrent que la Fibre optique offre des possibilités “immenses” d’augmentation des recettes de l’Etat.

Parmi ces immenses possibilités, qui seraient susceptibles d’augmenter les recettes de l’Etat, il y aurait la privatisation de Comores Telecom, la gestion séparée de la fibre optique, les demandes de licence Gsm, et la plateforme de contrôle (Gateway). En conclusion du document, il est signifié que l’ensemble des arguments doivent être portés à tous ceux qui soutiennent la majorité présidentielle mais aussi aux députés qui, pour la plus part manqueraient de “répliques“ face aux adversaires de la privatisation.

Au-delà de la riposte communicationnelle des uns et des autres, le passage obligé de ce dossier par un débat à l’assemblée nationale s’impose, à la lecture des textes réglementaires en vigueurs.

Kamardine Soulé

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