Un Vice-Président, opposant de l’intérieur !

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Et de trois ! Après Caambi El Yachourtu Mohamed en 2006, Idi Nadhoime en 2010, voici le troisième Vice-président de l’Union qui se désolidarise avec les candidats officiels du pouvoir en place. Fouad Mohadji, Vice-Président en charge du Ministère de la santé, de la Solidarité de la Cohésion Sociale et de la promotion du genre vient d’être désigné colistier du Candidat Ahmed Abdallah Sambi, l’ennemi juré du pouvoir en place. Ainsi, il confirme son statut « d’opposant de l’intérieur » du Gouvernement.

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Alors que le porte-parole du Gouvernement affirmait que la candidature de Sambi n’était pas recevable, Fouad Mohadji, signa avec 12 députés des partis Juwa et PEC le 12 octobre 2015, un recours en interprétation de l’article 13 de la constitution et la recevabilité de la candidature de Monsieur Ahmed Abdallah Mohamed Sambi à la présidence de l’Union des Comores.

Fouad Mohadji a toujours confirmé son opposition à la position officielle du Gouvernement et du Président de l’Union des Comores qui a affirmé dans son discours prononcé devant l’Assemblé générale des Nation Unies au mois de septembre dernier que le prochain président des Comores sera issu de la Grande Comore. Cette candidature démontre le conflit latent qui couve toujours entre les Présidents de l’Union et leurs Vice-Présidents.

L’ actuel Président de l’Union, Ikililou Dhoinine, qui a occupé les fonctions de Vice-président de 2006 à 2011 et qui a subi l’exercice solitaire du pouvoir de l’ancien Président de l’Union, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, n’a jamais tiré les leçons de son expérience pour mieux partager l’exercice de son pouvoir avec ses vice-présidents pourtant prévu dans la constitution. En effet, les Vice-présidents qui sont élus en même temps que le Président de l’Union et prêtent serment le même jour ont toujours été marginalisés, parfois maltraités et humiliés par les Président de l’Union depuis 2002. En principe, selon la constitution, le Président de l’Union, assisté de trois Vice-présidents nomme les Ministres et les autres membres du Gouvernement et dont le nombre ne saurait dépasser dix. Le Vice-président devrait coordonner selon toujours la constitution, la mise en œuvre des actions des différents départements ministériels de l’Union, dans l’île dont il est issu et veille à la légalité des décisions de l’exécutif de l’île.

Ces attributions constitutionnelles n’ont jamais été respectées. Dans les faits, les Vice-présidents demeurent des simples ministres du Gouvernement de l’Union. Depuis le régime du Colonel Azali Assoumani, ils n’ont jamais assumé les missions de partage de responsabilité avec le Président de l’Union. Certes, ils assument l’intérim du Chef de l’Etat lorsque ce dernier part en mission à l’étranger, mais ils n’assistent pratiquement pas le Président de l’Union dans la composition de ses gouvernements.

La loi organique qui devrait déterminer les matières pour lesquelles le contreseing des Vice-présidents est requis n’a jamais été adoptée par l’Assemblée de l’Union. Les Vice-présidents ont été constamment mis à l’écart dans la prise des grandes décisions depuis mai 2002. Parfois, ils sont même humiliés par le Président de l’Union, une humiliation qui amène certains vice-présidents à se rebeller en fin de mandat. Ainsi l’ancien Vice-président Caambi El Yachourtu Mohamed n’a pas voulu porter les couleurs de la majorité présidentielle lors des primaires de l’élection présidentielle d’avril 2006.

L’ancien Vice-président Idi Nadhoim qui n’avait pas digéré le choix fait par le président de l’Union de soutenir l’autre vice-président Ikililou Dhoinine, s’était porté candidat à la vice-présidence lors des primaires de l’élection présidentielle du 7 novembre 2010 et avait violemment critiqué les agissements solitaires du Président de l’Union lors de la campagne électorale. Et voici Fouad Mohadji qui ne s’est jamais privé pour critiquer la façon dont le pays est géré, même s’il est l’un des acteurs de cette mauvaise gouvernance, s’associe avec l’opposant numéro du Gouvernement.

Pour assainir les relations entre le futur Président de l’Union et ses vice-présidents, il est nécessaire que la loi organique qui devrait déterminer les matières pour lesquelles le contreseing des Vice-présidents est requis soit adoptée le plus rapidement par l’Assemblée de l’Union. En outre les attributions constitutionnelles des vice-présidents, notamment la coordination de la mise en œuvre des actions des différents départements ministériels de l’Union, dans l’île dont ils sont issus et le contrôle de la légalité des décisions de l’exécutif des iles, doivent être effectives. Il est temps d’ élaborer et de faire adopter par l’ Assemblée de l’ Union cette loi qui devrait qui devra déterminer les matières pour lesquelles le contreseing des Vice-présidents est requis, avant l’ investiture du prochain Président de l’ Union des Comores, le 26 mai 2016.

ComoresDroit

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