Voilà deux ans que je travaille pour le Centre Hospitalier de Mayotte

MOUVEMENTS SOCIAUX – CHM : »Un psychologue éconduit accuse… la Direction répond »

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« Si l’hôpital peut faire quoi que ce soit pour vous aider… ». À travers ce titre amer, Clément Decouard, jusqu’alors psychologue clinicien au Centre hospitalier de Mamoudzou, déplore que son contrat ne soit pas renouvelé. Il a transmis une lettre aux médias accusant sa direction de « maltraitance ». Le directeur du CHM Alain Daniel réagit.

«Voilà deux ans que je travaille pour le Centre Hospitalier de Mayotte, en qualité de psychologue, au moyen d’un contrat à durée déterminée d’un an renouvelable. Ces embauches permettant de « subvenir à l’absence de fonctionnaire à ce poste » (Il est à préciser qu’aucun concours de psychologue hospitalier n’a jamais été ouvert à Mayotte, alors que sur le plan national, la circulaire du 30 avril 2012 recommande expressément de pourvoir les postes vacants par des titulaire de la fonction publique ou à défaut, de mettre un poste au concours).

Le 20 août 2012, j’ai reçu une lettre m’annonçant le non-renouvellement de mon contrat à échéance du 30 septembre prochain. Aucun motif n’y est avancé. Ce courrier fait suite à une première tentative visant manifestement à me « pousser au départ ».

Dans un premier temps, il m’a été proposé en juillet une nouvelle affectation au sein de l’UCSA (Unité de Consultations et de Soins Ambulatoires) à la maison d’arrêt de Majicavo-Lamir, poste qu’il m’était difficile d’accepter étant entendu – et l’information était connue de la Direction des ressources humaines du C.H.M – que les agresseurs de ma compagne y sont actuellement incarcérés (celle-ci est également employée par le C.H.M). En réalité, ces manoeuvres étaient tout juste destinés à me faire quitter le poste sans autre forme de procès.

Mon cas n’est malheureusement pas isolé, aussi je profite de cette nouvelle pour vous informer des pratiques managériales dont font usage les dirigeants du C.H.M pour se séparer de certains de leurs employés, jugés trop à cheval sur l’éthique, la déontologie et la « bientraitance ».

N’ayant eu aucune information de la part de ma hiérarchie sur la raison de mon non-renouvellement, ce sont les propos échangés lors de l’entretien qui s’est tenu début juillet, à propos de mon affectation à l’UCSA, qui laissent sous entendre les griefs à mon égard. Ils méritent d’être soulignés ici :

Il m’a été reproché d’avoir trop souvent averti mes collègues quant aux conditions d’hospitalisation des patients psychiatriques, soit dans le Service des Urgences, soit dans le service d’hospitalisation psychiatrique.

Les patients passent souvent plusieurs jours enfermés, et parfois attachés sans plus de soins que des injections de neuroleptiques afin de les rendre calme par l’effet des drogues, ceci en mettant leur santé en jeu par de trop longues durées de contention et/ou d’isolement ;

Il m’a été reproché mes prises de position à l’extérieur de l’hôpital en faveur de la défense des Droits de l’Homme. Déjà plusieurs membres du personnel du CHM n’ont pas été reconduits dans leur contrat du fait de leur engagement personnel (médecin, infirmier, sage-femme, kiné).

Quand j’ai demandé s’il me nomma à ce poste à la prison en toute conscience de ce que cela représentait pour moi, il m’a été dit « qu’un professionnel fait son travail ». Surpris et choqué de cette décision, le directeur de la prison m’a rassuré en ne m’habilitant pas à venir travailler dans son institution, « pour des raisons évidentes de sécurité ».

« Si l’hôpital peut faire quoi que ce soit pour vous aider … » avait dit le Directeur des Ressources Humaines à ma compagne pour lui assurer le soutien sans faille que l’hôpital de Mayotte garanti pour tous ses employés.

Il s’avère aujourd’hui que la logique managériale du CHM signe d’avantage un désir de régner en maître plutôt qu’un intérêt pour le bien être de ses patients et de son personnel.

C’est ainsi que ma hiérarchie avait informé mes collègues en secret de mon non-renouvellement dès le mois de juillet, utilisant ainsi une stratégie bien connue dans le monde du travail pour faire régner la peur et la soumission chez les employés : « Voilà ce qui se passe quand on dérange, alors restez sage » est le véritable message qui leur était adressé.

On cite souvent les évènements sociaux d’octobre ainsi que certaines autres problématiques (vols, coût de la vie, éloignement de la Métropole) pour expliquer la carence en personnel qualifié à l’hôpital de Mayotte. Nous pouvons s’autoriser à penser qu’une logique managériale « maltraitante » est en grande partie responsable de la désertion du personnel soignant, des répercutions sur l’offre de soins à Mayotte et des drames associés ».

Réactions d’Alain DANIEL, directeur du CHM :

« Je suis entièrement d’accord avec les reproches qui nous sont attribués dans le premier paragraphe : Clément Decouard était en rupture avec l’équipe, avec les prescriptions médicales des psychiatres. Il pense qu’il détient seul la vérité d’un bon traitement, or ce ne peut être le travail d’un seul homme.

D’autre part, nous avons de réels problèmes matériels : 8 lits là où en métropole il y en aurait 800. Nous sommes obligés de mettre sous sédatifs certains patients violents.

Nous ne mettons évidemment pas en cause son engagement sur les droits de l’homme, et nous avons reconnu qu’il ne pouvait travailler à la prison, ce sont des collègues à lui qui y sont partis.

Quant à la maltraitance dont il fait état, je note qu’il ne s’en est pas plaint pendant deux ans. Nous avons mis en garde ce psychologue pour son comportement, il n’en a pas tenu compte ».

Propos recueillis par Annette LAFOND – Malango Actualité

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